samedi 2 mai 2009

Vendredi 21 Septembre - Jour 3

Pour mon troisième et dernier jour de travail de cette semaine, je n'ai pas à me lever aux aurores, et je dois avouer apprécier les quelques heures de sommeil volées avant de m'en aller rejoindre mon univers collégien.

Je commence à 13h30, pour finir à 17h45. Comme j'arrive plus tôt, je rejoins David en permanence, qui garde les demi-pensionnaires en attendant le retour des autres. La salle de perm est animée. Bien qu'ils ne soient que 8 ou 10 à manger à la cantine pendant le ramadan, j'entends des rires et autres gloussements, au loin. En entrant dans la salle, David me prévient : "On parle d'amour ici ! Entre !" Il me salue, me fait la bise, et aussitôt, huit voix s'élèvent en cœur:

"AAhhhhh il lui fait la biseeee ! Mais c'est qu'il y en a d'autre, ici, des histoires d'amouuuuur !!!!! " "Ouhouhouhou"

Tous essaient de faire avouer à Delphine, une petite blonde grassouillette qui fait un peu tâche, ici, avec son imper rose-bonbon et son cartable à roulette ( la plupart des filles ici sont brunes, et en survet.) qu'elle est amoureuse du petit Mohammed. J'ai en effet remarqué qu'il lui courait joyeusement après, hier, et que ça avait l'air de beaucoup amuser notre demoiselle... Quand David demande à Hector ou il en est , lui, et de qui il est amoureux, celui-ci répond "Moi j'aime personne, moi, je suis juste attiré. Bah quoi, on peut pas être amoureux quand on connait pas, on peut juste être attiré moi je dis!" Le grand Illies reste silencieux, le sourire en coin.

Vient l'heure du portail, tout se passe sans incident, mis à part une petite brune qui entre en trombe dans le collège, en s'exclamant : "Nan nan, moi, la vie de ma mère, je donne pas mon carnet aujourd'hui, j'ai trop la mort" Quand je me rue à sa poursuite, son groupe de potes, qui l'attendait sagement devant le portail me dit "nan, laissez la tranquille, elle est pas bien aujourd'hui"

Mon collègue et moi-même allons nous renseigner des que possible, et apprenons fissa que la demoiselle en question s'est battue avec une de ses petites camarades en sortant à midi.. C'est plutôt mauvais, car les bagarres sont l'ennemi public numéro 1 du collège. Et elles sont assez courantes, on dirait !

On me prévient gentiment : "Le vendredi aprèm, c'est animé, tu va voir ! C'est pour ça qu'on avait besoin de toi!"

Jeudi 20 Septembre 2007 - Jour 2

Nous sommes donc jeudi. Grosse journée en perspective, je commence à 7h45 et finis à 17h45. On m'a également prévenue que j'aurai "le baptème du feu" : la cantine.

Matinée plutôt calme, je découvre peu à peu le travail qui m'est destiné : le portail, bien sur ; surveillance dans les couloirs pendant les inter-cours ; de la cour de récréation et surtout de la porte du préau. En effet, les petitous se doivent de rester dehors pendant la récré, sauf je suppose en cas de grosse averse ou autre. Ils ne peuvent aller aux toilettes que par petits groupes. Toute l'ampleur de ma tache (ce qui n'est pas peu dire) est donc de faire patienter la masse de collégiens agglutinés devant la porte. J'ai découvert la fabuleuse facilité avec laquelle ils me racontent n'importe quoi, et aussi l'extrême naïveté avec laquelle je me fait avoir.

"Je vais à l'intendance, pour les bourses", "j'ai tellement mal au ventre, laisse moi passer, madame, s'il teuu plaiit..."

Une autre de mes responsabilités est de contrôler chaque semaine les carnets de liaison d'une classe, la 3eme4. Les retenues et observations doivent être signées, les absences et les retards justifiés. Je me rends donc au début d'un cours dans leur salle de cours, ou j'explique avoir besoin de tout les carnets. Les élèves me regardent les yeux ronds, l'air de dire : " Pour qui elle se prend, la nouvelle (à la braguette ouverte) !"

Certains bougonnent un peu, mais je récupère tout les carnets sauf ceux de deux jeunes gens, qui prétextent l'avoir oublié chez eux.

Je file aussitôt vérifier ceci dans notre grand cahier vert, et explique la situation à mes collègues qui s'esclaffent, sûrs qu'ils m'ont bien eu. En effet, les deux salopiaux ne sont pas notés, et je remonte donc les attendre à la sortie, avec Jeanne en renfort.

Elle s'engouffre aussitôt dans la salle de classe pour aller voir Axelle, pendant que je me dirige vers Illies. C'est un immense black qui dépasse tout le monde d'une tête, et j'avais déjà eu l'occasion de le remarquer, tant il se distingue de ses petits camarades.

Quand je lui fait remarquer que je ne l'ai pas vu dans le cahier, ce qui induit qu'il est obligatoirement en possession de son carnet de liaison, à moins d'être en effraction, ne voilà-t-y pas que ce grand dadais se sauve en courant dans le couloir.

Que faire dans cette situation? Je l'appelle, mais, restant sans réponse, je choisis d'attendre la récréation pour aller lui parler plus tranquillement.

A ce moment-là, il m'avouera, penaud, qu'il est effectivement passé "en fraude" au portail.

En ce qui concerne le reste de la classe... Sur les 14 carnets ramassés, seuls 4 sont "en règle". En rendant les carnets, je précise que je les ramasserai à nouveau la semaine prochaine, et que ceux qui n'auront pas mis à jour seront sanctionnés. Des protestations s'élèvent, pendant que la prof se réjouit.

Plus tard, mes collègues me reprocheront de les avoir prévenus du contrôle de la semaine prochaine... Je reste un peu perplexe. Le but est-il que le carnet soit à jour, ou de récolter le maximum de "collés"?

L'épisode "cantine" se passe plutôt bien, tout compte fait. Les élèves sont calmes et sympas, la bouffe immonde (l'éternel gratin de chou-fleur, si cela peut vous rappeler quelque chose) Je suis juste un peu déçue que le repas ne soit pas pris en charge par le collège. Le jeune fugueur au carnet envolé, Illies, est demi-pensionnaire, et il est plutôt gentil.

Said.

J'ai l'impression que tout le monde fait des pronostics sur l'espérance de longévité au sein du collège de la nouvelle prof de musique. C'est une femme assez antipathique qui se fait déborder par ses élèves, et n'a pas l'air de faire preuve de beaucoup de finesse. Alors que nous allons faire l'appel ( on ramasse à chaque début d'heure des petits papiers sur chaque salle de classe, recensant le nombre d'absent.) celle-ci nous demande d'aller chercher le CPE, car elle n'est pas là pour faire du "dressage". (Imaginez les têtes des gamins : yeux ronds, bouche ouverte "Oh madame, nous on est pas des animaux hein" "Madame Madame, avec vous on est pas des humains)

Un peu plus tard, le CPE redescend de la salle de cours avec un gamin, Said, qui a dit quelque chose de trop au mauvais moment. Il en faut.

Alors que Jeanne le note sur le cahier des exclus, celui-ci s'exclame

- Vous me notez sur le cahier des exclus ! Ah nan, pas possible, c'est pas la prof qui m'a exclu, c'est le CPE. Il n'y a que le prof qui décide qui est exclu !

- Enfin, Said, tu n'es plus en cours, là ! Si tu n'es pas en cours, c'est que tu es exclu.

- Mais je suis une tête en classe, moi ! Je veux pas être exclu, après c'est sur mon dossier et mon école elle me prend pas l'année prochaine !

Il a fallu lui expliquer la différence entre être exclu de cours et exclu du collège, mais je ne suis pas sûre que ça l'ai vraiment rassuré.

19/09/2007 Jour 1

Me voilà donc projetée dans cet univers inconnu que celui des cités. Le collège, oui, j'ai connu ça, et ce n'est pas si loin. J'en garde un souvenir un peu flou de profs débordés, de boutonneux moqueurs et obsédés sexuels, de dindes gloussantes et d'une cantine dégueulasse.

Je me souviens aussi de quelques personnalités importantes : Difool, sur skyrock, surement le prof d'éducation sexuelle le plus respecté et écouté. Drazic pour les filles, qui faisait réver avec son légendaire piercing à l'arcade dans Hartley coeur à vif.

Et même si je me doute que les taquineries des garçons et le regard froid des filles de mon ex collège n'est rien comparé à ce qui m'attend, je ne sais pas vraiment comment "ils" sont. Ces gamins de banlieue dont on dit qu'ils se jettent des compas à la figure pendant les cours, qui maltraitent les jeunes professeurs tout fraichement diplomés. Au fond, je n'en sais rien.

Je crois que je n'ai jamais été faite pour aller au collège : je n'ai jamais eu d'appareil dentaire, de boutons, et pas assez de nénés pour titiller les hormones de nos charmants princes de l'époque. Et même maintenant, je n'ai pas assez de sens pratique pour penser à prendre un pantalon avec une braguette qui marche pour mon premier jour...

Donc, jour 1. Mercredi 19 Septembre.

Le CPE, Gilles, me donne rendez-vous à 7h45 à l'établissement. 7h45, c'est relativement très tôt, n'est-ce-pas, mais je me rassure en me disant qu'une fois là-bas, je serai réveillée par la force des choses.

En effet. La première tache de la journée consiste à ouvrir le portail, et à vérifier que chacun des petits poussins n'a pas oublié son carnet de liaison. Si c'est le cas, on le note dans un cahier, et, s'il reitère cet oubli, il recevra du travail supplémentaire. N'oublions pas que nous sommes en ZEP profonde, et que l'on peut être sûr que si on ne prend pas cette précaution, les gamins affirmeront toujours l'avoir oublié en cas de souci.

Premier rapport avec les autres surveillants, très sympa. On me demande si je suis bien Coline, on m'explique joyeusement ce que j'ai à faire, on me propose du café... Puis, au boulot. Je pars donc ouvrir le portail avec ma collègue, Jeanne, petite brune dynamique qui salue chacun des élève en les appellant par leurs prénoms. Luxe que l'on peut s'offrir : nous sommes dans un collège "ambition réussite", qui compte 210 gamins seulement.

Elle me prévient rapidement : "Ils vont tous vouloir savoir qui tu es... c'est de l'animation, une nouvelle pionne !"

Ca ne manque pas. Les plus timides me dévisagent, alors que la plupart demandent à Jeanne :

- C ki ça?

- Tu n'as qu'à le lui demander toi-même", répond-elle gentiment.

- T ki?

Je me présente au moins 50 fois : "Je m'appelle Coline, je suis une nouvelle surveillante, et toi, tu t'appelles comment?"

Beaucoup de jeunes essaient de forcer le passage au portail, de passer sans nous présenter leur carnet. Jeanne et moi essayons de faire un barrage tant bien que mal.

Plus tard dans la matinée, des 3emes de sexe masculin me demandent à nouveau qui je suis. Après explication, l'un d'entre eux me répond "Ah, dommage, g cru ke t'étais une nouvelle dans la classe"

Arf. On m'avait prévenu que je faisais jeunette, mais bon.

Les filles, parfois, n'attendent même pas de savoir qui je suis pour me prévenir d'un détail embarrassant : "Eh madame... Ta braguette elle est ouverte! "

Gloussements.

"Je sais, je répond : (Elle est cassée)" Miséricorde. J'avais oublié à quel point les filles ont un oeil de lynx pour tout ce qui concerne la tenue vestimentaire.

Cette braguette m'aura au moins aidé à me faire connaitre de beaucoup de demoiselles.

Une dame de service me dit qu'il faut savoir se faire respecter ici, au risque d'être submergée. Elle rajoute même : "Ici, ils le savent. Ils disent : "La dame au lunettes, faut pas y aller avec elle" Ceci m'apprendra au moins que je resterai surement pour beaucoup de jeunes filles : "La nouvelle à la braguette ouverte."...

vendredi 1 mai 2009

Coline au pays des ados

Début Septembre :

J'ai été embauchée comme "assistante d'éducation" (comprendre : "pionne" ) dans un collège de banlieue lyonnaise "hard".

Sur les conseils de ma petite famille, je me lance dans cette fabuleuse et terriblement originale aventure que celle de créer mon blog.

Ici, vous trouverez mon récit de cette épopée. Et moi, je conserverai un peu de cette expérience assez rigolote, pour le plus grand plaisir de ma postérité future.