mardi 22 septembre 2009

bouh

Il avait surement raison de ne pas croire à sa chance de pouvoir la regarder, la toucher.


Elle l'a plaqué.

samedi 19 septembre 2009

Jean Giono - Jolis chatons.




J’ai été tellement surprise de retourner dans ces lieux. Il y avait des tonnes de petits fantômes, partout. Séverine et moi en train de faire de la gym dans les couloirs en douce, Sébastien qui tient une fille par la taille en fumant une cigarette dans la petite rue derrière. Et puis moi sur un banc, en 6ème, les cours d’EPS et la course longue. Tout ça quoi.

La grande question a été : est-ce que ça a changé ? Et qu’est-ce qui a changé ?

J’ai passé mes deux premiers jours à penser que rien n’était pareil, et la seconde d’après, que tout était en fait identique. Bizarre. Je voulais écrire un article un peu sociologique, vous expliquer les différences et les similitudes intra-générationnelles.. mais merde, j’en ai pas envie pour le moment.

Alors voilà ce qui m’a marqué aujourd’hui :

Il y a cette petite bande. Ils sont toujours les uns avec les autres, on a du mal à différencier le mâle de la femelle tant la mèche, le slim, les pulls larges rayés les font se ressembler. Les voix sont toutes fluettes. Pas encore de trace de barbe.

Ils vont se mettre dans un recoin, là-bas, et ils s’allongent les uns sur les autres. C’est très doux, très paisible. Les mains se cherchent, les peaux se touchent, les corps ne font plus qu’un.

On a envie de se blottir aussi contre eux, d’enfouir son nez dans ces pulls moelleux à 100 euros achetés par papa et repassés avec soin par maman. On voudrait sentir l’odeur de propre, de savon de ces petits ados à la peau lisse, aux cheveux propres. S’enfouir dans cette douceur lascive, somnoler en se laissant bercer par le bruit de fond rassurant du préau. On voit qu’ils attendent l’adolescence, elle n’a pas encore eu de prise sur leur beauté enfantine. La violence des conflits intérieurs se prépare, et, liés les uns aux autres, ils l’attendent sans crainte.


Des rires, parfois. J'entrevois quelques traces de personnalité. Une jeune fille déjà très formée fait la maligne, embrasse ses copines sous les applaudissement des autres. Un garçon vient s’installer, tranquillement, entre les jambes d’une de ses amies qui l’accueille en lui ouvrant les bras et en lui caressant les cheveux, pendant que le jeune homme rosit de plaisir , il est fier de son culot récompensé. Hier déjà, il s’est assis à coté d’elle à la cantine.

Et puis ce tout petit couple.. Elle est jolie comme un cœur, encore toute petite. Assis à ses cotés, le bras autour de ses épaules, un jeune homme qui la couve du regard. Ils ne se parlent pas. J’aime sa façon de la toucher, sa main sur son épaule, posée, légère, comme s’il avait peur de l’abîmer. Comme s’il n’en revenait pas encore de la chance qu’il a d’être là, simplement à coté d’elle. Elle rit parfois et lui la regarde.

Elle est son trésor.

Un instant elle se lève et disparaît de sa vue. Je le vois s’assombrir, retenir son souffle. Et si elle disparaissait ? Je me souviens de cette terreur de ne plus exister pour l’autre en étant hors de sa vue. Il la cherche des yeux, il est tellement beau, sur la pointe des pieds, redoutant le pire. Moi, je la vois, la petite, à moitié dans les bras d’un autre (quel séducteur celui là !). Aussitôt, le petit Roméo s’élance, marche d’un pas décidé vers elle et pose ses lèvres sur sa joue. Elle referme ses bras sur lui et ils se serrent l’un contre l’autre, fort de cette absence de quelques minutes. Je sais ce qu’il y a dans leurs têtes, je connais cette force démesurée et je les envie pour ça. Ils ne savent pas encore le reste.

Ils retournent se lover contre leur petite bande. Une portée de chatons bien nourris, voilà ce qu’ils sont.

On dirait un tableau, une photo, je reste devant eux à les regarder et ils ne disent rien. Ils me regardent en retour en silence. J’ai envie de m’asseoir avec eux et de leur raconter combien la vie est dure, comme ça va faire mal quand le premier chagrin d’amour va pointer son nez, quand leur jolie bande va imploser, ravagée par les trahisons, les déceptions et le reste. Je voudrais leur dire qu’il n’ont pas encore connu la force de l’orage, que jour après jour ils vont en chier mais que tout s’apaisera. Je voudrais leur dire de ne pas perdre espoir, qu’ils sachent que tout n’est jamais aussi dur qu’on le ressent. Qu’ils vont se surprendre eux même, mais que parmi eux certains resteront, et que personne ne leur enlèvera jamais ces moments hors du temps.
Je voudrais leur expliquer que bientôt ce ne sera plus possible, d’être simplement blottis les uns contre les autres sans penser à rien d’autre. Le désir va faire son travail, le contact ne sera plus le même, le moindre frôlement pourra leur faire perdre la tête. Il faudra savoir mettre des distances, trouver le bon contact, chercher d’autre moyen de se dire comme on s’aime sans trop se toucher.


Mais ils le sauront bien assez tôt. Ils sont beaux, intelligents, riches à point. Ils s’en sortiront, ils le savent et confiants ils se jettent dans cette spirale que certains appellent adolescence et dont aucun ne ressortira tout à fait le même.

Alors je me tais.

mercredi 9 septembre 2009

"Les belles auront la folie en tête ! "





En parlant de cerises...

N'oubliez pas la sortie de la saison 2, le 8 octobre !

Pour leur rendre visite en attendant, c'est par là :

Violette
Zik
Amos
Satya

jeudi 16 juillet 2009

Paris - 6 -

Ahhh..

Je regarde un film, tranquillement, dans l'appart ou je suis. Seule. Il se met à pleuvoir, fort, mais je ne réagit pas tout de suite. Je commence à avoir l'habitude de cette drôle de ville ou le temps change en permanence. Tout à coup, je n'entend plus mon film. Les murs tremblent, des choses tombent des étagères. Et là, panique.

Je cours d'une pièce à l'autre pour fermer les fenêtres. Je me fait gifler par d'énormes grêlons, au moins de la taille de pièce d'1 euro. Je m'appuie de tout mon poids sur les fenêtres pour pouvoir les fermer, le vent est plus lourd que moi et c'est dur.
Mais le bruit continue et je me rend compte que la tempête à rouvert certaines d'entre elles, que je n'avais pas verrouillée à fond... Les rideaux volent, j'entends les gens crier dans la rue. J'ai les pieds trempés, le sol est couvert de ces glaçons qui iraient parfaitement dans le pastis de Pierrot.

C'est effrayant, j'ai l'impression d'être dans un bateau en naufrage.

Puis, les fenetres fermées, je m'autorise à rouvrir les yeux. En bas, des gens courent dans tous les sens, un rideau blanc s'abat sur la ville et l'eau ruisselle sur le sol.

Je n'ai plus qu'à sécher l'appart et à fumer une bonne grosse clope. Petit à petit, la chute de grèle s'apaise. Un peu plus tard, le bruit des canons à grèle. Je ne savais pas que ça existait dans les villes.

Mais enfin, pourquoi personne ne m'a averti des dangers des tempêtes parisiennes alors que je sais tout des pick pockets ?




Mais après la tempête... Le calme du petit matin.

Paris - 5 -

Deux réflexions amusante de mes collègues :

1/ Voyant un moustique pendant la pause déjeuner, H s'exclame : "Ouahou, c'est la première fois que je vois un moustique en dehors du métro !"
( ? ) Inutile de préciser qu'il semble bien connu que les moustiques parisiens sont adepte des transports en communs..

2/ On parle donc des animaux Parisiens, et mon autre collègue V, nous dit le plus sérieusement du monde : "Vous avez vu, il y a une nouvelle espèce de pigeon qui s'installe dans paris ! Ils sont plus gros et dodue, et ils ont le bec orange. Ils aiment faire peur aux autres pigeons...." Je lui demande si c'est une espèce mutante, il me répond que vu la carrure de la bestiole, il pense plutot à la migration de pigeon "ruraux".

La question est, y'a t'il des poules en liberté dans Paris ?

mercredi 8 juillet 2009

Le bonheur est une sauterelle


C'est fou la vie comme on a du mal à la dresser, comme on se bat chaque minute pour des instants de bonheur. On avance un pas après l'autre, et on rêve toujours un peu plus fort.

Il y a tout ces chemins qui s'offrent à la jeunesse, toutes ces routes à prendre. Et l'impression qu'aucune n'est la bonne. On voudrait faire de belles choses, ou au moins des choses, être quelqu'un et se respecter pour ça.
Mais c'est pas toujours facile, souvent le succès glisse entre les doigts, le bonheur s'avale comme une bouffée de cigarette qu'on recrache aussi vite. Alors on se jette sur d'autres occasions.

De vrais gosses, à genoux dans l'herbe, qui essaieraient d'attraper des sauterelles.. On referme la main, on croit qu'on la tient alors on serre fort, pour pas la laisser partir. Le plus souvent, on avait même pas de sauterelle. Les autres fois, on la voit à peine, elle a sauté quand on a voulu la regarder.

Il y a le groupe et cet amour fou et inconditionnel des uns pour les autres.
Il y a ces silences lourds de sens et les autres.
Il y a ces regards, cette présence, et encore et toujours cet amour qui flotte, malgré les larmes, l'inconpréhension et les désillusions.
Il y a les souvenirs et les envies d'encore, d'un futur qu'on souhaite plus fort, plus intense.

Sans y croire vraiment.

Dur de grandir, dur d'apprendre en se prenant des coups. On essaie de se protéger, mais de quoi? Rien n'est certain, tout ce qu'on sait c'est qu'on s'aime et qu'on voudrait ne jamais se perdre. Et pourtant...

Y'a comme des envies d'ailleurs, d'autres choses, mais on est tellement liés.. On sait qu'après avoir partagé tout ça, on sera jamais tout à fait pareil. On sait que personne d'autre ne peut comprendre, on est comme un gigantesque puzzle humain, attaché les uns aux autres, comme un paquet de mikado sur une table. Quand t'en enlève un y'a tout qui tombe.

Et les terribles souvenirs. Flous, brumeux. Comme un réveil de cauchemar effrayant.

Je sais pas ce qu'il adviendra, je sais qu'il y aura encore du chagrin, mais si arrive à se relever de ça, rien ne pourra nous abimer je crois.

mardi 7 juillet 2009

Paris - 4 - La courtoisie

À Paris, les hommes sont courtois. Ou galants, appelez ça comme vous voudrez. Toujours est-il que cette extrême politesse est très surprenante au premier abord.

Un exemple ? L’ascenseur :

Non contents de laisser les femmes monter les premières dans l’ascenseur, les hommes adoptent un rituel bien particulier. Une fois entrés, ils se plaquent contre les murs, les bras croisés derrière le dos, la tête basse. Et une fois arrivé à destination, ils attendent.

Imperturbables.

Bien collés contre la paroi, ils ne sortiront que lorsque la dernière dame sera sortie. Est-ce pour obéir au célèbre « les femmes et les enfants d’abord », s’assurer de la bonne descente de toute les voyageuses avant leurs propres sorties ?

En tout cas, c’est très embarrassant les premières fois. Imaginez-vous, femme de votre état et pas du tout habituée à ce genre de politesse. Vous vous retrouvez coincée au fond d’un ascenseur bondé d’hommes en tout genre (du jeune stagiaire à peine pubère au grand rédacteur en chef en costard.) Vous êtes au fond, bien sur, puisque vous êtes entrée la première, galanterie oblige. Une fois arrivé à l’étage désiré, après avoir eu quelques secondes d’hésitation et voyant que personne ne fait mine de sortir, vous devez prendre une décision. Grand moment de solitude. La logique voudrait que la personne la plus proche de la sortie l’emprunte la première. Mais non, tous regardent leurs pieds.
Patients.

C’est dit, ils ne sortiront pas avant vous.

Il ne vous reste plus qu’à traverser l’ascenseur en sentant tous ces regards derrière vous, en évitant au mieux tout frôlement et essayant de ne pas trébucher.


Il faut voir le regard dur et réprobateur des ainés pour les petits jeunes, au cas ou l'un d'entre eux entreprendrait de perdre patience et d'esquisser la moindre envie de passer avant une dame.

"Hey la, Moussaillon, pas si vite ! Tu n'arriveras à rien dans la vie avec de telles manières !"
Les nouveaux arrivés sont donc vite mis au jus des règles à respecter. La courtoisie est numéro un.

Je dois préciser que la galanterie des hommes Parisiens s’est surtout faite remarquer au journal.

Parce que dans le métro, c’est moins flagrant.

lundi 6 juillet 2009

Paris - 3

Dans ma rue, celle qui m’emmène au métro tout les matins, il y a un détail étrange.

Accrochez vous.

Il y a… des flics en boite. Oui, en boite. Ils sont la, on ne sait pas ce qu’ils surveillent vraiment. Ce n’est pas le même à l’allez et au retour, heureusement pour eux. Le flic en boite ne fait rien qu’attendre. Je me demande de quelle terrible bêtise ce travail est la sanction, et surtout à quel chef suprême ils obéissent pour accepter d’être enfermes dans une boite en PVC.
Je les plains particulièrement quand je vois passer des camions de police pleins à craquer, sirène hurlante sur le toit, n’ayant foi d’aucun code de la route, faisant la course entre eux comme des poulains au printemps. Je sais qu’alors mes flics en boite soupirent, baissent la tête tristement en rêvant pouvoir un jour être invités à leur première course poursuite.

Maintenant, je sais qu'à la question "qu'est ce que tu veux faire comme métier quand tu sera grande ?" je peux rajouter à la liste des métiers que je ne veux pas faire (boucher, mineur, contrôleur de bus, prof de math) le métier "flic en boite".

vendredi 3 juillet 2009

Paris - 2


"Un an sans mettre les pieds à Paris. Puis j’y passe, entre deux gares. Après quelques stations, je m’avise que je suis monté sans y penser dans le métro, que je me laisse transporter sans davantage y prêter attention ; et je me demande conséquemment au bout de combien de mois ou d’années se perdrait cette familiarité machinale, après combien de temps je redeviendrais sensible à ces bruits, à ces lumières, à ces odeurs, à ces souterrains et à ces rames comme à quelque chose de nouveau et de pittoresque."

Eric Chevillard, dans http://l-autofictif.over-blog.com/article-33111731.html



mercredi 1 juillet 2009

Paris - 1

Quelques découvertes sur Paris, ses habitants et sur la vie de bureau dans un grand groupe de presse.

- Les parisiens sont « maman poule ».

Oui, ça risque d'en surprendre quelques uns, mais le parisien est par nature maternel, j'en suis à présent convaincue. Il ne peut pas s’empêcher de veiller, d’un regard discret, sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un provincial.

Premier exemple :

Je débarque à la gare le jour de mon arrivée. J'ai surement l'air un peu débraillée, un peu à l’ouest et je suis surtout très chargée. Pas difficile donc pour les yeux affutés du Parisien de me classifier comme étrangère. Je grimpe dans le bus qui me ramène à l’appart, je me fait une petite place debout, parce que le bus est plein.

Une petite dame me secoue le bras gentiment et me glisse à l’oreille : « Attention, mademoiselle,votre sacoche est ouverte ! »

Je prend pas la peine de lui expliquer que c’est normal, que de toutes façons elle est tellement pleine que j’ai moi même du mal à sortir mes affaires de mon sac. Je vois bien qu’elle ne me lâchera pas des yeux tant que la sacoche ne sera pas refermée, alors je m’escrime sur la fermeture éclair. Je note son air satisfait, et son hochement de tête rassuré.

Suivant son instinct maternel pour la petite provinciale que je suis, elle a cru de son devoir de me protéger des vilains pick pocket.

Deuxième exemple : je suis dans le métro, en route pour chez Odile, quand il y a une surprenante coupure d’électricité. Je n’ai pas peur quand le métro s’arrête, je l’utilise très souvent dans ma province et je suis pas née de la dernière pluie non plus. Mais quand même, je jette un coup d’œil autour de moi, cherchant des yeux un quelconque pic à glace pour casser une vitre en cas de manque d’oxygène, ce qui ne manquerait pas d’arriver si la situation s’éternise, vu le nombre de personne par mètre carré.

Un gentil monsieur, sentant mon trouble mais ne le comprenant pas tout à fait, me rassure : « Nous n’avons pas encore passé Bastille.. » Cette fois encore, je n’ai pas le courage de lui expliquer que je sais très bien ou nous sommes, et je hoche la tête gentiment, avec même un sourire de remerciement.

J’ai encore des tonnes d’exemple : le garçon qui a voulu m’expliquer comment se lisait un plan quand je jetais un coup d’œil pour mémoriser mes correspondances, le gentil collègue qui a tenu à me laisser devant la porte de chez moi alors que je lui assurais connaître le chemin, la dame qui m’a accompagné sur la moitié de la route pour me ramener au métro quand je lui demandais juste la direction à prendre, ou encore le couple de covoitureurs qui a insisté pour me laisser devant chez moi alors qu’ils partaient dans l’autre sens.

J’ai conscience d’énoncer là quelque chose de révolutionnaire, on considère souvent les parisiens comme froids et pressés. Le parisien est en fait tellement serviable qu’il en devient presque irritant, par la façon qu’il a de vouloir nous protéger. Comme une vraie mère, quoi. On peut pas vraiment lui expliquer qu’il va nous vexer, s’il continue à considérer qu’on peut pas se

débrouiller seul. Mais le parisien est tellement sympatique dans son role de maman poule qu’on ne peut pas lui en vouloir vraiment.

mardi 16 juin 2009

" Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir
et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer
et d'oublier ce qu'il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil
et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de résister à l'enlisement , à l'indifférence
aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite surtout d'être vous. "

Jacques Brel

jeudi 28 mai 2009

Fun


Dans le bus.
C'est toujours dans le bus qu'il se passe des choses un peu folles, hors du commun.

Donc, dans le bus ligne 10, hier, je rentre à St Genis. Je suis complétement absorbée par la lecture d'un bouquin, un semi-polar dans l'Ouest Américain avec des chevaux, des ranchs et de l'amour. Tout pour me plaire, mais rien de cul-cul, rassurez-vous.
Je lève les yeux, et vois une grand-mère me regarder en souriant, l'air attendrie. Puis une autre.

Je sais que j'ai l'air gentil et peu farouche, les gens me font souvent des sourires dans le bus, mais deux mémés sur un trajet ça me semble beaucoup. Tant pis, je retourne dans mon Far Ouest, au plein milieu d'un grand galop sur les plaines desertiques.

Mais... Tout de même.
Quelque chose me gène, là, juste derrière moi.. Je bouge un peu, et j'entend un éclat de rire au creux de mon oreille. Après un bref sursaut je me retourne, presque fachée d'avoir été arrachée à ma lecture, et je vois...

Une jeune fille de mon âge, adossée à mon siège comme si on était amies depuis toujours, penchée sur mon bouquin encore ouvert.

- Il s'appelle comment ?

Un peu abasourdie, je referme le livre et lui montre la couverture. Elle rit à nouveau, me remercie, puis se retourne. Je dois avouer que je suis prise à mon propre piège, parce que c'est tout moi, de lire sur les épaules des gens. J'aime essayer de retrouver un livre que j'ai déja lu, sourire quand je vois rosir les gens pendant un passage érotique, et rire dans ma tête en même temps qu'eux quand c'est rigolo. Alors je ne peux pas vraiment me facher, mais je n'arrive plus à me concentrer et je jette des regards discrets par dessus mon épaule, où la jeune fille me tourne maintenant le dos.

Elle descend deux arrets avant le mien, fait quelques pas, se retourne et me lance un grand sourire.

Quand j'étais petite, je choisissais mes copines de façon très simple, en leur demandant : "tu veux être ma copine?" Je me suis pris de sacré rateaux, mais parfois ça a marché. En entrant en 1ère L, quand j'ai vu Manon, je me suis dit qu'il fallait qu'elle soit mon amie. Elle a toujours eu cette espèce d'halo lumineux que revetent mes amis de longue date, et quand je l'ai vu pour la première fois je l'ai choisi instantanement

Et bien cette jeune fille, je la retrouverai. C'est décidé. Et quand je la verrai, je voudrais simplement lui demander :

"Tu veux être mon amie ?"

samedi 2 mai 2009

Qui seras-tu dans 5 ans ?



Dans 5 ans, j'aurai 27 ans. Autant dire que du stade de moyenne, je serai censée être passée à celui de grande. Adulte, le mot est trop fort et fait bien trop peur.

Car entre adulte et grand imbécile, la marge est beaucoup trop faible.



Dans 5 ans je serai donc grande. Je vivrai à Paris, ou je mènerai une vie surchargée d'activités, de sorties, un job qui rapporte et des habits classe. Je garderai mes vieilles chaussures en souvenir d'un temps passé, et je mettrai des talons aiguilles. J'aurai 4 amants dont un régulier, des tas d'amis que j'inviterai au resto sans jeter un coup d'œil sur la note. J'irai au théâtre une fois par semaine, j'aurai des tonnes de bouquins et je partirai en voyage au moins deux fois par an.



Dans 5 ans je serai aussi dans une big maison type ferme à la campagne, peut-être Alba. J'aurai un chien, 3 chevaux et 6 chats, un amoureux fidèle avec qui je partirai en balade à la tombée du jour. J'aurai plaqué mes études en vrac et je bosserai au village, à mi-temps. L'hiver, je boirai des infusions avec mes copains devant la cheminée, et puis l'été je me baignerai à la rivière toute nue. Parfois on organiserait des petits projets avec les voisins qui seraient mes amis, on vivrait peut être tous ensemble (rajoutez alors 2 lapins et 5 aquariums). Dans cette vie là, je commencerai peut être à penser à procréer, et je me renseignerai sur la crèche parentale du village. Non je rigole, pas dans 5 ans quand même.



Dans 5 ans, je serai en Inde, au Namib, en Argentine ou ailleurs. J'aurai choisi de découvrir toutes les villes de mon cœur avant de devenir vieille,



Dans 5 ans, je serai peut-être morte.



Dans 5 ans, je vendrai de la lingerie fine pendant des réunions tupperware (?) Improbable.



Dans 5 ans, je serai peut être juste moi, surement encore en train de chercher mon chemin. Je bâtirai à mains nues cette route étrange qui nous emmène toujours un peu plus loin. Drôle de vie mes amis.

Pour Anne sophie.

Anne sophie, tu m'as demandé d'écrire dans mon blog, mais qu'est-ce que je peux raconter ?

En ce moment, je n'observe plus la jungle adolescente, je nous observe nous, dans notre triste décadence, dans ce chaos nouveau et cette tristesse qui désormais remplace notre euphorie. Ces jours de printemps n'ont pas encore révélé leur saveur, et j'attends, toujours un peu plus, un orgasme de bonheur.

Alors raconter, oui, mais quoi ?

Aujourd'hui, j'ai vu...

J'ai vu cette salle pleine d'adultes qui se battent pour changer un petit bout de monde. Toute cette énergie pour gagner un peu de terrain, dénoncer un peu plus la précarité, créer du lien entre eux, assemblée des plus cultivées, et tout ces jeunes, tout ces pauvres, ceux dont on croit qu'il ne savent pas parler.

Voila anne sophie, ce que j'ai vu aujourd'hui. Juste des adultes décidés et pleins de rêves. Oui, ça existe.

J'ai vu aussi cette toute jeune fille dans le bus, avec ce visage tellement fin. Quand les contrôleurs sont entrés, elle n'a rien dit. Quand l'un d'entre eux s'est approché, elle s'est contenté de dire "j'ai rien", le plus dignement du monde, mais sa voix a tremblé un peu. Elle s'est levé, toute droite, et est descendue du bus.

Le contrôleur avait l'air un peu penaud, et il avait raison.

Le bus est reparti. Je suis restée dedans et elle était dehors.

10 avril 2008

Petit retour sur le blog, que j’avoue délaisser un peu ces derniers temps… Mais comme c’est les vacances, je vous dois quand même un petit article.

Je vous offre aujourd’hui une rédaction que j’ai trouvé à la fin d’une perm, abandonnée près de la poubelle, brouillon roulé en boule qui a attiré mon attention. Celle-ci étant anonyme, je remercie quand même son auteur pour le sourire qu’elle m’a arraché. J’espère que ça vous plaira aussi. L’auteur doit être un jeune homme (pas de rond sur les i, écriture un peu sèche) sûrement en 4eme ou 3eme. Après une longue hésitation, je pense que je vais vous la transmettre telle qu’elle est, malgré les nombreuses fautes, parce que c’est aussi ça qui lui donne son charme. Je remet juste un semblant de ponctuation pour que vous compreniez un peu.



9 avril

écris un dialogue qui opposent un adulte et un ou une adolescence. Il se dispute a propos d’un problème grave, puis parvienne par le dialogue à se mettre d’accord pour trouver des solution.

Il y a une nouvelle professeur qui venait devenir et tout de suite elle a jouer a faire la street au lieu de sourir, de nous interroger calmement elle s’est tout de suite mis street et nous les eleves on ses mis a nos garde car on savait quelle etait pas la pour rigoler. Quand elle est arriver elle a jamais souris, meme pas une fois, elle a meme esclu des eleves qui ont jamais etait eslu donc sa veut dire quelle cherche un peu. C’est un très bon metier ok. Mes faut pas etre comme ça, peut etre elle est comme ça pour devrai, ses sa façon de faire donc j’ai essayer de me calmer et de ne pas faire les guignols comme certaine eleve. Moi tout au debut j’etait très content de voir une nouvel prof mes sa ma un peu bouleverser parce que je savais le programme qu’on a fait aller tout changer. Mes ya des moment ou je suis dacord avec les professeur pour beaucoup de chose y’a des moment j’essaye de me metre a leurs place et il on pas trouve mes raisons. Mes faut savoir quon est encore des enfant et on veu s’amuser. Mes parfois je me dit que les prof a leur genesse aimais aussi s’amuser, y’a pas que nous. Mes je sais que parfois les élèves essaye de faire chercher les professeurs mes maintenant si les profs sont bien avec les eleve ba nous les eleves aussi on sera bien avec les prof, CPE, Directrice principale, adjoint, etc…..


Avant de vous désoler sur les fautes et le non respect évident de la consigne, admirez quand même cette petite perle…. Oui, il y a des progrès évidents à faire en orthographe, mais le dialogue, s’il n’est pas sous une forme ordinaire, se fait bien dans la tête du gamin.
Je ne sais pas qui c’est, mais je vous le dis, ce petit est prêt pour les dissert de philo.

Jeudi 06 Mars

Je ne connaissais pas Farid jusqu'à aujourd'hui, même s'il est arrivé il y a déjà quelques mois. Pourquoi? Parce qu'il ne vient jamais. Enfin, pas souvent. Quand ça lui chante, en fait.

Cette semaine, Farid a appelé tout les jours le collège en se faisant passer pour un membre de sa famille. De la grand-mère à la sœur en passant par la mère, tout le monde y est passé. Mais c'est sur l'oncle qu'il s'est fait grillé : ma collègue a reconnu la voix encore un peu fluette de Farid, et quand il a "avoué" dans le bureau du CPE, c'est avec un grand sourire. Plus tard, il me dira en rigolant "Je les ai bien eu, hein! C'est une bonne blague quand même!!"

Farid est le futur Jamel Debouze, en cent fois meilleur. Il a passé la journée en salle d'exclusion avec les exclus-inclus. Personne n'a réussi à les faire travailler à partir du moment ou il a passé la porte, parce que quoi que Farid fasse, il est drôle. Tout le monde se marre, y compris le surveillant. Il imite les voix, porte tout à la dérision, rit de tout et même du reste. On a dû finalement le séparer des autres pour qu'ils puissent bosser un peu sans se fendre la poire à tout moment.

Mardi, en exclu inclu, j'étais avec la petite Sonia. Petit bout de fille menue, elle est tellement vive que la plupart des profs n'arrivent pas à la suivre, et se font embobiner par cette petite fille tellement futée. Je lui file une nouvelle à lire, et une fois plongée dedans, elle se tait. Enfin. C'est une histoire d'amitié entre une SDF et un collégien, je suis tranquille pour un moment et peut me concentrer sur Slimane qui fait grincer sa bouche depuis une demi-heure.

Sonia lève la main et s'exclame en même temps :

- Mais Madame !!!! Mais... Comment elle peut être SDF alors, qu'en fait, elle a son Bac ?

Mercredi 06 Février

Aujourd'hui, c'était la première matinée de ma copine Lili, alors c'était cool, même si j'ai encore une crève de ouf.

Ma copine Lili, elle est comme tous ceux qui commencent quelque chose d'inconnu : elle s'étonne.

Alors c'est chouette, moi je peux faire l'ancienne, lui montrer comment ça fonctionne un collège, quand on n'est pas élève. Je la balade partout avec moi, je lui dis ce qu'il faut faire à telle heure et tout et tout.

Et les gamins demandent sans cesse : "Mais c'est qui elle???" Et on entend murmurer son prénom dans tout les couloirs. Les petits me demandent : " C'est ta sœur?? Ta cousine??"

Parce que oui, pour les minots du collège, nous sommes tous une grande famille, ce n'est pas possible autrement. Ils nous créent des liens de parentés à tout va. Ainsi, ma collègue Gaëlle est la fille du prof de bio et la sœur d'une prof de Francais. Elle sort avec Antoine, qui par ailleurs est mon frère et le cousin de notre collègue David, également mon mari.

Bref, c'est un peu compliqué mais ça résume bien l'esprit. Une bien grande et belle famille et on a tous pour objectif principal de veiller à ce qu'ils ne fassent pas de bêtises.

En perm, carnage chez les 5emes. Ils sont agités, bruyants, et je suis obligé de crier fort, ce qui n'est pas très habituel chez moi. Les 6èmes de l'heure d'après sont bruyants aussi, ils révisent une pièce de théâtre pour le cours de Français après. Du coup, on fait passer les volontaires au tableau, devant les autres qui huent. Et là, ces canailles de garçons qui sont d'habitude agités et fiers redeviennent de tout petits garçons timides, qui mangent leurs mots et regardent leurs pieds.

Sacha bute sur un mot : "foufirffrifé"

- " Non" dit Lili qui a le texte dans les mains. " Espèce de fieffé fou" !!!

Tout le monde se marre, nous y compris. Belle insulte, quand même!

Mercredi 30 janvier

Matinée calme, à part une perm gigantesque à 11h, mais mes chers collègues m'ont prêté main forte heureusement.

Jean-Kevin (non, non, je ne rigole pas.. ou presque pas) est un beau black de 4ème. Il est d'une extrême nonchalance, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi lent, dans ses gestes, sa façon de parler, etc. Il se vautre toujours contre un mur dans les perms, se couche sur sa table et, lorsqu'on lui demande de s'asseoir correctement, répond de sa voix très grave : « non ».

Petite altercation entre nous pendant la perm : je demande à Jean-Kevin de venir s'installer au premier rang, à côté d'une jolie petite 6e. Ça ne lui plait pas du tout, et je dois m'y prendre à plusieurs fois pour parvenir à le faire se lever et se diriger au ralenti à la place désignée.

Il refuse d'enlever son manteau. Je lui demande gentiment, une fois, deux fois, trois fois. "Non", il me répond. La quatrième je hausse à peine le ton : « Pas la peine de crier » me dit-il, tellement lentement que j'ai du mal à comprendre.

Je commence à être énervée : « Alors, enlève-le, ton manteau ! » et j'ai le droit une fois de plus à ce « non » calme, intransigeant et mou. Je crois que je préfère encore ceux qui s'énervent, vocifèrent qu'il fait froid, et que moi je le garde, mon manteau, après tout, c'est dégueulasse de les faire tomber malade, quoi. C'est des choses que j'aurais pu dire moi-même, alors je comprends mieux la chose. Mais ce dadais qui répond du bout des lèvres, regardant ses pieds pour esquiver le regard, ça me dépasse vraiment. Surtout que s'il gardait son manteau, mais sortait du travail et ne se faisait pas remarquer, ça passerait encore, mais malheureusement, il ne semble pas vouloir travailler non plus.

Finalement, je l'emmène voir le CPE avec moi.

— Qu'est ce qu'il a encore fait, ce jeune homme ?

— Rien, justement. Il ne veut dire que « non ».

Le CPE se marre. On est tous confrontés un jour ou l'autre à Jean-Kevin et à sa nonchalance extrême, et il semble que ce soit mon baptême....



Sinon, un truc cool. Les CPE doivent recruter quelqu'un très rapidement, malheureusement la pile de CV a disparue... Le CPE me demande si je ne connais pas quelqu'un, et c'est comme ça que ma pote Alix vient demain passer un entretien d'embauche. Je vous raconterai.



Demain, grosse journée, avec ratatouille poisson au menu de la cantine. Beurk...

Vendredi 18 janvier - Malika

Aujourd’hui, drôle de journée.

Je n’ai pas travaillé depuis la semaine dernière à cause de mes partiels, et nous sommes 4 (pions et CPE confondus) sur 7. Alors on court d’une tache à l’autre, on surveille des gamins du coin de l’œil en triant des papiers, on fonce au premier étage à la sonnerie car comme tout est en travaux, il y a une étagère qui traîne dans les couloirs, et que ces garnements ne trouvent rien d’autre à faire que de la déplacer pour bloquer la porte de la salle de la prof de Défense contre les Forces du Mal.
Quand la journée se finit enfin, on est tous un peu HS, et moi j’ai rendez-vous avec la femme du collègue décédé de Seb, citée dans le précédent article. C’est un peu compliqué parce que je ne sais pas comment aller chez elle, que Seb est très en retard, alors on annule. Mais comme ça semble faire vraiment plaisir à Malika de nous voir, on désannule et c’est comme ça que j’ai eu la chance d’assister aux coulisses du collège.

Malika vient me chercher à l’arrêt de bus avec ses trois petits, et on se dirige tous ensemble vers chez elle. Ici et là, je vois des groupes de petits qui me regardent de travers. Normal, je suis leur pionne, et à en voir leur tête ils se demandent vraiment, VRAIMENT ce que je fais là. On monte à l’étage, ou nous attend Ali, le fameux neveu qui a reconnu Seb, et d’autre jeunes que je ne connais pas. Malika est un peu stressée, on ne s’est pas vu depuis le décès de son mari, on ne sait pas quoi se dire alors elle s’agite, fait des allez-retours dans la cuisine puis finit par s’asseoir. Elle s’allume une clope, et je lui demande : « Bon, et tu gardes le moral, quand même ? » Elle me dit que pas vraiment, que c’est très dur, qu’heureusement il y a les petits, et qu’elle s’accroche pour eux. Elle me raconte l’accident, l’hôpital, le deuil. Puis parle du passé. Me montre 1001 photos de mariage, de fiançailles, de voyage de noce et autres. Pendant qu'on parle, Les petits nous tournent autour. Nassim demande "Maman maman maman!! Dessines moi un K!" Pui : "Après le K dans Malika y'a quoi?" Alors Malika dessine des K, fait des lignes de S. Nassim veut nous montrer qu'il sait compter jusqu'à 69, et nous l'écoutons, et Malika sourit. Je comprend mieux pourquoi les petits l'aident tant que ça. Parce que même si elle le voulait, ils ne la laisseraient pas "partir". Parce que Dora a eu les félicitations de la maitresse, que Nassim compte jusqu'à 69 et que le petit dernier, Farris, est un petit prince qui ressemble de plus en plus à son papa. Parce que ses petits, c'est tout ce qui compte maintenant.


Ali tourne un peu en rond dans l’appartement. Il regarde par la fenêtre toutes les deux secondes, retourne dans la cuisine ou il fait des pizzas. Il finit par nous dire qu’il va rentrer chez lui. Puis Seb arrive, tel un chevalier sur sa moto verte. Ali s’écrit : « Il arrive, il arrive !!! » Je jette un œil dehors. À peine s’est-il éloigné de la moto que des nuées de gosses se ruent vers la moto. Malika dit à sa nièce « Toi tu surveilles la moto, hein ! » Amel gueule sur les gamins « Dégagez les mioches, vous la touchez pas celle-là ! » Les gamins s’éloignent en traînant des pieds. Voilà comment faire passer la nuit à une moto sans son cadenas dans le quartier le plus sensible de votre ville.

On mange de la pizza, des spaghettis bolognaise et un délicieux couscous que nous a monté la mère de Malika qui habite l’étage en dessous. Ali me demande si j’ai déjà fumé la chicha, je lui dis que oui mais que je crame le tapis à chaque fois. Il se marre et me demande si ça pique, comment ça marche, etc. C’est un chouette jeune. Il fait à manger pour nous, surveille la moto en même temps et pose pleins de questions sur tout.

Puis, il demande à Malika si Seb pourrait emmener Ali en moto dans le quartier à coté, il veut voir un copain pour ses cours qu’il a loupé. Seb l’emmène, et Ali brille de reconnaissance. En revenant, il veut savoir comment ça marche, s’il y a des vitesses, comment on les passe, etc… Seb le lui explique, et lui dit que la prochaine fois, il le fera conduire. Ali sourit jusqu’au oreilles.

On parle un peu du collège, des copains et copines, de qui traîne avec qui et qui sort avec qui. En partant, il me fait un clin d’œil : « T’as vu, ici c’est l’autre Ali, pas celui du collège hein ? » Je ris. Malika me dit que les parents sont divorcés et ne s’occupent plus du tout d’eux, qu’il viennent du coup tout les week-end et même parfois en semaine.
Puis on se dit qu’on se revoit la semaine prochaine, et qu’elle vient le week-end d’après, parce qu’il y a six mois de ça, on leur avait promis de leur faire une blanquette.

Alors, oui, la banlieue, c’est le bruit et l’odeur. Des cris d’enfants, des rires, un garçon qui siffle, dehors. Des odeurs de couscous, de pizza, et tout ces gens qui sourient même quand ça ne va pas.

9-10-11 Janvier

Une petite note pour me remettre en route après cette longue absence... Les vacances, c'est vraiment bien aussi.

Cette semaine, c'était vraiment dur. Les gamins surexcités, nous, un peu débordés, et les partiels qui arrivent à grand pas.

Bref, en vrac :

- Une grande de 3ème à "attaqué" ou poursuivi, (selon les versions) la prof de défense contre les forces du mal.

- Kadhera a été exclue du collège deux jours, pour insolence poussée. J'étais pas mal de portail, et elle est venue à plein d'intercours voir les copains à travers la grille, tourner en rond autour du collège sans avoir le droit d'y rentrer. Elle me dit :

- J'ai dit "vas-y, qu'est-ce tu vas me faire, qu'est-ce tu vas me faire! à la prof et pleins d'autres trucs, mais j'avais pas vu qu'y'avait la principale juste derrière!

- Ah, oui. C'est sur que c'est bête.

- Nan nan, mais si j'avais vu qu'elle était là j'aurais pas dit moi!

- J'me doute Kadhera... Mais elle était là quand même.

- Ouais. Et maintenant j'rouille.

- Le clou du spectacle : Ali m'a vu dans un grand centre commercial avec mon copain. Ça fait plusieurs jours qu'il m'en parle, et aujourd'hui, il me dit qu'il m'a vu avec mon copain qui a fait de la rate (de la prison). Je sais que Seb a une barbe plus que naissante, mais de là à avoir une tête de taulard, dur dur. Plus tard, il me demande si mon copain n'aurait pas travaillé avec un certain Amos. Le nom n'étant pas courant, pas de doute possible. Amos étant un ancien collègue et ami de Seb, me voila maintenant suivie de partout par le petit Ali, qui n'est autre que le neveu d'Amos. Bref. Le monde est petit.

Je promet d'écrire plus la semaine prochaine, mais j'ai vraiment autre chose à faire aujourd'hui. A mercredi!

Jeudi 20 Decembre


Aujourd’hui, c’était mon dernier vrai jour avant les vacances, parce que demain, les petits n’ont pas cours l’après-midi.

Les deux premières heures, j’ai des perms. Des grosses perms. Parce que comme le dit l’assistante d’éduc dans son blog, il y a toujours des profs qui sont malades la semaine avant les vacances.
Malheureusement, j’ai même les 3i, et ils sont odieux. Il y a des gosses qui sont chiant sans le vouloir vraiment, parce qu’ils « oublient » de chuchoter, ou parce qu’ils s’agitent ; mais les 3i, c’est différent. Ce qu’ils veulent, c’est me faire tourner en bourrique.
Bref. Ils sifflotent, cachés dans leurs cols roulés. Impossible de savoir qui c’est, quand l’un d’entre eux s’arrête, un autre reprend la suite. Ils sont insolents, répètent ce que je dit. Ça demande un gros effort de ne pas s’énerver dans ces moments-là, mais il faut tenir. C’est ce qu’ils veulent, après tout. Voir le prof/surveillant devenir tout rouge et hurler tout ce qu’il a dans les poumons.
C’est une sorte d’exercice de méditation, en fait. Ma collègue ne résiste pas. Elle s’énerve, et ils se marrent.

Bref. Dans ces moments-là, il suffit de se dire que ce n’est qu’une heure, et que la sonnerie finira bien par mettre un terme au calvaire. Et tenter de contenir le tout pendant le temps qu’il reste. Je crois que je ne suis pas encore assez expérimentée dans l’art de la perm pour maitriser les 3i.
Tant pis.

Mais la journée s’achève sur une note positive : les exclus inclus. C’est le tour de Mahil aujourd’hui, et il parait qu’il est insupportable. C’est vrai qu’à chaque fois que je passe dans la salle, il bavarde et s’agite. Quand mon tour vient, j’essaie moi aussi de lui donner des exercices de maths, sans succès. Il n’arrive pas à se concentrer, tente tout pour un peu de distraction. Je lui propose alors de faire les exercices au tableau. Ça, ça marche à tous les coups. Les gosses adorent toujours autant écrire au tableau, même si c’est des exercices de maths. Alors il bosse, sans s’en rendre compte. Des puissances, on passe à la géométrie, puis, quand je sens qu’il se lasse, je change. Il râle beaucoup au début parce que l’autre exclue incluse a fini à 16h30 et que lui doit encore rester une heure, mais je lui dégaine le jeu du dictionnaire, et ça achève de le calmer.
Le jeu du dictionnaire, c’est simple mais efficace. Je prends un mot, lui donne la définition et lui doit trouver le mot que j’ai choisi. Quand il trouve, on inverse les rôles. Et croyez-moi, c’est pas si simple que ça en a l’air, parce que plus les mots sont simples, plus les définitions sont tordues. En tout cas ça marche, Mahil adore et il ne veut plus s’arrêter.
Bon, il y a un moment quand même ou il se déconcentre, alors je me creuse la tête pour trouver un jeu utile et instructif.
Finalement, je fais simple. Je lui donne un mot d’usage courant, il doit me trouver un synonyme en langage soutenu, et un autre en argot lyonnais. Il adore. Ainsi, j’apprends que « chtouille » signifie petite amie et lui s’esclaffe en découvrant qu’on peut dire « Mettre un soufflet » à la place de « Mettre une droite ».

Le problème de tous ces jeux, c’est que même s’ils m’ont bien aidée à canaliser l’énergie du petit Mahil, ils ne font pas très sérieux. Rien à voir avec la liste de verbes à conjuguer que lui avait refilé ma collègue qui y était précédemment. De l’autre coté de la vitre, tout ce que voient les collègues, c’est que Mahil se marre et n’écrit rien. Bon, pour la forme, je lui demande de prendre des notes des mots qu’on a dit, mais quand même, il se marre. Je peux pas l’empêcher, en plus je rigole aussi. Seulement voilà, être exclu inclus, c’est quand même une punition. Alors je ne sais pas vraiment si on a le droit de faire des jeux, même s’ils prennent en compte un dictionnaire. C’est toujours la même question qui revient, exactement comme pour moi d’ailleurs.

Est-il préférable de faire semblant de travailler ou de travailler sans en avoir l’air ?

Malek

Le matin, j’ai une collègue qui vient très en avance. C’est comme ça, elle aime se lever tôt, chacun son truc, me direz-vous.

Mais ce matin, Malek est venu à 7h15 au collège, et lui a demandé « s’il y avait école ». Malek est un garçon de 12 ans fraîchement arrivé d’Algérie. Il parle bien Français, maintenant, mais il a eu de très gros problèmes en Algérie, et il vit tout seul avec sa maman en France. Ou est-ce qu’il vit ? C’est une bonne question. Sur son carnet, pas d’adresse. Il parait qu’il est hébergé quelque part, de l’autre coté de la ville.
Malek a 12 ans, mais il n’a pas de maison.
Le midi, Malek remplit ses poches de pain, de fruits, et de tout ce que lui refilent ses camarades. On ne sait pas ce que mange Malek, quand il n’est pas à la cantine. Malek est toujours très excité.

Ce matin, il est donc venu très tôt. Ma collègue a été surprise de le voir, déjà parce que ce n’est pas dans les habitudes de nos élèves de venir une demi-heure en avance, mais aussi parce qu’aujourd’hui c’est l’aïd, et que les élèves musulman sont censés être absent. Quand elle le lui dit, il décide de repartir.

Puis réapparaît à 8h30.

On lui demande : « Mais qu’est ce que tu faisais ici si tôt, Malek ? »
Il répond : « Rien »
On insiste : « Mais tu t’es levé à quelle heure ? »
Il hausse les épaules « cinq heures ».

- Mais tu étais où depuis 7H15 ?
- J’ai pris le bus et je suis revenu.
- Le bus ? Mais pour faire quoi ?
- Pour attendre.

Voilà. On ne sait pas pourquoi Malek est venu si tôt, où est-ce qu’il a dormi. Tout ce qu’on sait, c’est qu’un gosse de 12 ans s’est levé à 5h ce matin et a fait des tours de bus en attendant l’heure.

Ça fait mal au cœur.

Hier, Aujourd’hui et Demain


J’ai repensé à cette histoire de trousse, hier. Ça montre une fois de plus comme ces gamins ne pensent jamais, jamais aux conséquences de leurs actes. Il parait que c’est une caractéristique de cet âge-là : agir, puis laisser les choses se faire. Pas de préméditation, la vie se passe dans l’instant, tout de suite. Ce qui se passera demain ne compte pas, demain, c’est loin !

Ça explique surement un certain nombre de conneries.

Ils ne se projettent pas dans le futur.

J’ai vu une fois une rédaction qui m’avait fendu le cœur. Le gamin disait qu’il avait passé les meilleurs moments de sa vie. A 12 ans, a t-on le droit de parler de sa vie au passé ?

A leur âge, on attendait tous de grandir, vite. On attendait toujours quelque chose, en fait. Plus de sorties, les vacances, le premier bisou. Puis toujours plus de sorties, le permis de conduire, le grand amour.. Et maintenant, qui peut dire qu’il ne vit pas dans l’attente de quelque chose ?

Voilà un extrait de mon journal intime à titre d’exemple. J’avais 13 ans.

« Aujourd’hui, on est mercredi 21 septembre. Je sais dire Mardi (Martes) Jeudi (Juebes) Vendredi (Vuernes)) en Espagnol ! Quoi d’autre ? Cet après midi, je vais chez Thibault. J’ai hâte d’être :
- En musique : dans 20 minutes
- À midi : dans 2 heures
- Chez Thibault : dans 3 heures.
- Le weekend du 8 octobre. Je vais trop m’éclater !!
- J’espère que j’irai au stage de la Toussaint, ce serait trop bien. »

Certains de ces petits ont une vie tellement étrange, entre ceux qui sont ballotés de famille d’accueil en foyers, ceux qui arrivent fraichement d’autres pays ou ils ont connu des choses qu’on ne peut pas imaginer et ceux qui voient ces choses-là chez eux. Peut-être que la seule solution pour contrer ça, c’est de vivre le maintenant, sans se concentrer sur l’après.
Ça doit être pour ça qu’ils sont si mauvais en conjugaison.

J’ai remarqué aussi à quel point la rancœur n’existe pas chez eux. Il y a un gros conflit, tu les engueules, tu les punis même. Quelques jours plus tard, ils viendront se confier à toi autant qu’à un autre, ce qui est passé ne compte plus. Même la petite qui m’a dit qu’elle allait me péter les dents me sourit maintenant dans les couloirs, et me raconte tout quand elle a des soucis avec un prof.

Bref, on en reparle demain.

Lundi 17 Décembre.

8h13, je dors paisiblement.
8h14, mon téléphone vibre de toutes ses forces.

- Allo Coline ???
- Mmmh ?
- Je te réveille ?
- Mmmh ?
- Oui alors, c’est Marianne, du collège, Linda est absente pour la journée et je voulais savoir si tu pouvais venir bosser aujourd’hui ??????
- Mmmh… oui. Je crois.
- Super. Tu es là quand ?

Je redresse la tête, il est 8h16.

Donc voilà pour vous, j’ai bossé aujourd’hui et ça a été encore une belle journée.
Pour commencer, il fait - 4 dehors, il y a même quelques flocons de neige, et les gamins sont surexcités, parce que c’est bientôt laid, noël, et surtout, surtout : les vacances.

Dans la salle des exclus, je recueille un gentil petit bonhomme très sage, qui s’est fait exclure injustement à ses dires, qui pleure et me demande si on va appeler ses parents. Je le rassure et lui explique que voilà, c’est bientôt les vacances, que tout le monde est fatigué et même les profs, il ne faut pas s’en faire, tout ira bien dans quelques jours.

Il se met au travail, puis quelques minutes après arrive Farid, coupable du vol de la trousse du si petit Jean-Baptiste. Farid me dit que la CPE lui a demandé d’écrire ce qu’il s’était passé. Il me montre sa feuille quand il pense avoir fini. Son récit ressemblait à peu de choses près à ça :

« On étais dans la cours, et Naid et moi ont étais en récré et j’est ouvert le sac de Jean-Baptiste, et Naid a volé sa trousse. Et après on a pris des stylos et après M.X est venut est on ait allé en cour. » 17-12-07. Farid.

Je lis, lui rends, et lui demande.
- Mais là, tu n’explique pas POURQUOI tu a fait ça ? Tu dit juste comment tu l’a fait, et la CPE elle s’en fout ! Elle veut savoir pourquoi tu l’as fait.

Il hausse les épaules.

- Je sais pas.
- Est ce que c’était juste pour rigoler ? Ou pour montrer à tes potes?

Il re-hausse les épaules.

- Tu sais, c’est une grosse bêtise quand même… Maintenant le meilleur moyen que t’as c’est de voir un peu comment tu peux arranger les choses, et être sincère..

Le petit du début s’y met aussi :

« - Moi je crois que je sais pourquoi il a fait ça ! » il dit avec un grand sourire.
- Alors ?
- C’est parce qu’il avait la rage parce qu’on lui a volé sa trousse !!
Farid sourit, gêné.

Je lui dit que c’est ça qu’il faut qu’il explique, et puis tout ce qu’il me dit après. Qu’il était en colère, parce qu’il s’est fait sacrément enguirlander par sa mère quand il lui a dit qu’il n’avait plus de trousse, et qu’en plus il voulait des stylos bien comme avant.


C’est comme quand les gamins ont des sujets du genre « Pourquoi es-tu sur la Terre ? »

Il vont dire des choses comme :

« Pour manger, rire, aller à l’école, travailler, avoir des copines, dormir, etc, etc… »

Ils adorent faire des listes, sans jamais expliquer le pourquoi des choses. Il y a les faits, mais pas d’explications aux choses. Je trouve ça étrange.

"Je me fous de savoir pourquoi je vis, la question est comment." (KOOZ)



Sinon dans la série des anecdotes sympas, un bison 4 a explosé dans les escalier, ce qui m’a fait sursauter un bon coup et a achevé de me réveiller.

Une petite s’est fait rouler sur les jambes par un bus, et on ne sait pas dans quel état elle est à présent.

Mounia s’est pris une pêche à la sortie du collège, par une fille de sa classe.

Et des tas de choses encore, que je suis bien trop fatiguée pour vous raconter maintenant.

Mercredi 12 Decembre

Chers amis du blog, l'heure est grave.

Comme certains d'entre vous le savent, je ne suis pas uniquement pionne dans la vie. Je suis aussi étudiante (hé oui, un peu du moins). Et à la fac, les emplois du temps changent au second semestre. Et il y a un stage, aussi, à faire. Et des TD obligatoires

Sans-dispense-d'assiduité-oui-mademoiselle-aucune-exception-c'est-comme-ça !

Et un stage plus des cours plus le travail, ça fait beaucoup à gérer pour quelqu'un qui aime aussi dormir, faire la fête, profiter de sa joyeuse vie estudiantine. Alors, je cours dans la fac, de partout, de M. Machin à Mme Bidule, j'essaie de voir si mon stage pourrait se faire sur mes heures de travail (avec comme thème l'insertion, difficile de trouver mieux qu'un collège ambition-réussite...) et de me faire dispenser d'assiduité des TD qui gênent, etc. etc.

Mais il reste un problème, et pas des moindres. Un TD obligatoire, sans lequel il n'est pas possible de faire le stage et si on n’y est pas on est défaillant. Et si on est défaillant, on n’a pas son année.

C'est con, mais c'est comme ça.

Et ce TD, il est le vendredi après midi, et le vendredi, ils ont besoin de moi. Comme me dit ce matin Arthur, le CPE, c'est « sur ces critères que j'ai été embauchée ». Certes, ils recrutent un nouveau mi-temps, mais il n'est pas là pour me remplacer le vendredi après midi, mais pour se rajouter à moi, vu qu'on est en sous-effectif à ce moment-là.

C'est con, mais c'est comme ça.

Alors, il m'a dit qu'on verrait demain ce qu'on peut faire, mais que ça semble difficile. Je lui réponds gentiment que je serai obligée de démissionner si je ne peux pas aller à ce cours, et c'est là qu'il me dit, « Alors on va en parler demain, mais on sait déjà des deux côtés que si ce n'est pas possible, on sait quelles conséquences en tirer. »

C'est con, mais c'est comme ça.


Bref. Tout ceci pour vous dire que vous pouvez déjà envoyer vos dons au 102, grande rue..., ou signer des pétitions, ou même manifester devant le collège en gueulant « RENDEZ NOUS COLINE » ! Ça n'a pas marché pour Mélusine, mais on ne sait jamais.

Mais surtout les dons, si possible.



Voilà. Sinon, j'ai un scoop.



La prof de défense contre les forces du mal, celle qui rouspète tout le temps, est une sorcière.

Ce n'est pas une méchante sorcière, non, non. Peut-être plus une magicienne, alors. Ou une fée. Je vous explique :

J'ai un orgelet depuis quelque temps déjà. Au début les gamins se contentaient de faire « baaaaah ahhaaa » en regardant mon oeil, mais maintenant ils me demandent qui m'a mis une patate ce week-end. Mais bon. Ce matin, la prof-sorcière me voit dans les couloirs. Elle m'attrape par les épaules, se rapproche de moi, et me dit « excuse-moi, mais... » Et de son pouce, caresse ma paupière enflée. Je suis étonnée, mais ne bouge pas, et elle murmure : « On peut toujours y croire... » Puis elle part, aussi sec. Je reste hébétée, sur l'escalier, et elle se retourne et me lance : « Tu verras ! » puis « Peut-être... »

Voilà. Je me suis faite rebouter dans un collège de banlieue, par une prof un peu étrange, qui j'espère ne m'a pas lancé de sort.

La vie est déjà assez dure comme ça.

Vendredi 7 Decembre

À la réunion de vie scolaire, on nous a parlé de « jeux dangereux » dans la cour de récré. des sixièmes sont venus s'en plaindre, alors on nous demande d'être particulièrement vigilant, etc.

Alors, voilà, moi, maintenant, je flippe un max. Dans la cour, je regarde tout ce qui se passe en les suspectant tous des pires horreurs. Comme tous les gamins de leur âge, ils profitent de la récré pour se courir après, se sauter dessus... Bref, libérer un peu d'énergie accumulée pendant les trop longues heures de cours. Alors, je vais d'un groupe à l'autre, et je les sépare dès que je vois quelque chose de bizarre.

Petite, je me suis toujours dit que les adultes étaient des abrutis.

Très tôt, déjà, on avait créé un jeu nommé « les grands imbéciles » avec mon pote B. Je ne me souviens plus du but ni de la forme du jeu, j'ai juste un souvenir confus de courir en hurlant « au secours !!! Pas les grands imbeciiiiiilles !!! » Maintenant, ça fait sourire nos mères qui se regardent en hochant la tête, l'air de dire : « mais qu'ils étaient mignons... »

Plus tard, rien n'avait changé dans mon esprit. Les adultes étaient bêtes et aveugles, et en se débrouillant bien, on arrivait avec mes copines à fumer derrière le collège, à monter faire de la gym dans les couloirs du collège entre midi et deux, et des tas de choses encore très divertissantes, du moins beaucoup plus que ce qu'on attendait de nous.

Bref. Ce rapide historique non exhaustif de mes conneries non pour vous épater (héhé, quoique), mais pour vous expliquer POURQUOI je ne veux pas que les gamins se disent que je suis une (grande) imbécile, et que je ne vois rien à ce qui se passe. (Je dois également vous dire que c'est un problème de famille, ma mère s'est mise à écrire des bouquins pour les enfants pour ne pas oublier comment elle montait sur les toits des immeubles entre midi et deux, et mon père fait absolument tout ce qui est possible pour rester « in » et ne pas devenir un vieil imbécile.)

Bon, le problème, c'est que ça grouille de partout, dans ce collège. On ne peut pas mettre sa vision en mode « détection de mouvement », ni son ouïe en « détection de cris ».

Bref. Enquête à suivre.



En perm, je m'occupe d'une petite, Sarah. Elle est toute seule, parce qu'elle finissait à 14h30, qu'elle n'a pas son carnet et donc pas d'autorisation de sortie et qu'on a pas réussi à joindre ses parents. Elle doit donc attendre au chaud jusqu'à 16h30. On discute un peu. Elle me parle de son petit frère qui est en CM2 et qui se prépare à être une vraie terreur, me dit que ses parents bossent tout le week-end (« parce que c'est bientôt les soldes" et moi je lui explique ce qu'est la fête des Lumières. Elle demande si elle peut écrire au tableau, alors je lui lis des phrases du journal et elle ne fait aucune faute sauf un petit « ce » transformé en « se », mais quand je lui signale, elle la trouve immédiatement et corrige. Elle m'explique la règle : » SE c'est devant un verbe et CE devant un nom » et je suis épatée

Mercredi 5 Decembre

Ce matin, Abdel n'est pas allé avec ses camarades à la sortie scolaire, pour tout un tas de raisons qui m'échappent. Il reste donc dans notre nouvelle « salle des exclus » ou « la rate », comme j'ai entendu une élève l'appeler. Rate sympathique... neuve, lumineuse, et avec de grandes vitres qui la sépare de la vie scolaire et permettent ainsi de voir un peu ce qu'il s'y passe.

Bref. Je suis avec Abdel, petit 4e qui ne fait pas son age (comme il me le dira lui-même : « moi j'suis petit comme les sixièmes et je suis en 4e »

Il bosse, un peu ; pense, beaucoup. Puis, comme un collègue lui donne un article sur les témoignages payés à Villiers-le-Bel, il commence à me poser des questions : "Moi en fait j'savais pas que maintenant y zavaient le droit de cartonner les jeunes ! » Il est sérieux. Pour lui, on a donné la permission aux flics de rentrer dans les pockets-bike conduites par des jeunes, pour limiter le phénomène.

On en parle, je lui explique ce qui s'est passé, que lui et moi on peut en penser ce qu'on veut, mais que, officiellement, c'est un accident. Il me répond : « Mais, ça peut pas être un accident, parce qu’eux (les jeunes) ils sont pas fous, s’ils voient un flic pfioouu, ils partent. Si on voit les flics, eux, on les voit plus, hein ». On parle, il me raconte un tas d'aventures alléchantes, un flic sur un parking qui s'est pris un ciseau dans l'oeil, il paraît. Une fille qui s'est pris une boule de bowling sur la tête, mais heureusement elle avait un casque (j'avoue ne pas trop avoir suivi le fil du récit de cette histoire là. Il me dit qu'il n'a jamais redoublé, mais que maintenant il en a marre de travailler alors il veut rendre feuille blanche. Il me demande comment c'est, l'université, et je lui raconte les amphis, l'immense campus, et les heures de cours non obligatoires. Il travaille un peu, puis me relance encore sur de nouvelles questions.

Et quand deux autres exclus viennent nous rejoindre, il se tait. Les autres râlent, ils ne méritaient pas d'être exclus de toute façon, et puis c'est toujours eux, etc. S'en suit un mini-débat sur les mots. Abdel me demande si je sais ce que ça veut dire, « mon yeurk», je lui réponds que oui. Il est déçu de ne pas m'apprendre quelque chose, me dit que les profs ne savent pas. « c'est pas vrai », reprennent les autres, « presque tout le monde sait maintenant ».

Abdel me dit que c'est leurs mots, que normalement personne doit comprendre et je lui réponds que le mieux, c'est de savoir parler les deux langues, comme ça on peut aussi comprendre les trucs des adultes. Il me dit : « pas besoin, nous on se comprend tous ici hein ».

Puis il retravaille un peu quand les autres partent. Il feuillette son livre de français (« c'est la première fois que j'l'ouvre ! » et trouve une BD, puis se plonge dans des textes ensuite.



Il me dit que de toute façon, il ne voulait pas y aller, au cinéma, parce que c'est en allemand. « Encore, un film d'horreur en Allemand, ça passe, mais là...! »

Vendredi 30 Novembre

Hier, formation, et ce matin, pareil. je ne vous raconterai pas, tout ce que vous avez à savoir est que c'etait super et que je remet ça mardi.


Sinon, après midi plutôt sympa. En perm, miracle ! J'ai même réussi à les faire bosser. Pendant la récré, j'avais dû réprimander plusieurs fois le petit Medhi, un sixième qui montrait à tout ses copains des prises de catch. Pas méchamment, c'est sur, mais bon.

Et pendant la perm, la magie apparait. Lui et Mohammed, son pote, sortent leurs cahiers de textes à ma demande, font leur exercice d'anglais sagement. Je suis avec une assistante pédagogique (comprenez : des jeunes qui viennent aider les élèves dans les classes ou pour les devoirs) et on invite les deux petits au tableau, à une compet' de dictée et de multiplication. Ils se marrent, sont très fiers de marquer des points. Mohammed maitrise les divisions à virgule à la perfection, mais niveau fautes d'orthographe, c'est moins ça. Quand ils se trompent on leur dit, et ils corrigent eux même et c'est le pied, ils ne font pas de catch, rigolent en faisant des multiplications, et un plus grand vient même expliquer à Mehdi une subtilité dans les opérations.

Héhé.



Voilà, sinon, toujours autant de boulot. J'ai l'impression qu'on passe de plus en plus de temps à trier des papiers, envoyer des lettres aux familles ou des choses comme ça. Bof, c'est moins marrant que les « battles» de multiplications.

Les nouveaux locaux sont finis, et les gosses sont ravis : chaque fois que l'un d'entre eux passe devant, il s'exclame : « Ouahhh... C'est devenu dans l'âme, le collège !! »

Et ça me fait plaisir pour eux... je pense à mon (ex) lycée, et je trouve ça bien, qu'ils puissent aimer un peu les lieux.

Jeudi 22 Novembre

Ma grosse journée s’est plutôt bien passée, aujourd’hui. Beaucoup de choses à faire, mais pas de gros problèmes non plus. Bien que la journée ait plutôt mal commencée…


D’abord, lancée par une bonne résolution, j’ai décidé de me remettre aux petits déjeuners, le matin. Ma maman sera bien heureuse de le savoir, d'ailleurs ! Bref, ça m’a valu de louper mon métro, ce qui par la suite m’a fait louper mon bus, et au final, poireauter dix minutes sous la pluie que passe le suivant. Donc j’arrive au collège, mouillée, mais rassasiée, et je suis en permanence les deux premières heures. En général, il n’y a pas grand monde, mais Mme Trompette, une prof, est en retard, ce qui me vaut l’honneur de garder la 5eme3 en classe complète…
Ah… Je ne suis pas faite pour être prof, ces épisodes me le confirment. C’est tellement dur de réussir à les « tenir », tous ensemble. Pleins de solidarité les uns envers les autres, quand tu en engueules un, un autre derrière toi sifflote, ce qui te fait lâcher ta première victime pour rechercher la seconde, que bien sûr tu ne trouves pas… Miséricorde.

Sinon, une conversation avec Kadhera et sa copine Nisrine, en permanence : Kadhera, étant exclue, a du travail à faire. Elle doit trouver 10 noms, adjectifs et verbes sans la lettre « i », puis composer un poème avec ces trente mots. Elle rechigne à le faire, parce qu’elle s’est trompée de ligne et a mis les adjectifs à la place de noms, et maintenant sa feuille est raturée et ça l’empêche de travailler… Je lui demande de faire un effort, je lui dis que c’est pas dur, et que c’est marrant en plus… Au bout d’un moment, je lâche : « Moi, ma mère, elle écrit des histoires pour les ados »
Kadhera et Nisrine, en choeur : — QUOI ? Elle est ECRI-VAINE ?????

— « Eh oui » que je réponds fièrement.

Elles m’assaillent de questions que je connais par cœur : « Mais elle écrit quoi ? » « C’est quoi son nom ? » « C’est des vrais livres qu’elle écrit ? » « Elle est célèbre ?»

Je leur réponds, et leur demande : « Vous lisez souvent des livres ? »

— J’ai jamais fini un livre, moi, me dit Nisrine fièrement.
— Moi, des fois, murmure Kadhera. Mais j’écris des histoires aussi ! Une fois en rédaction, j’ai raconté une histoire trop bien ! Le sujet c’était « Racontez l’arrivée d’une nouvelle en classe qui changera votre vie. » Et moi j’ai raconté qu’on était en histoire et que la nouvelle arrivait et venait s’asseoir près de moi, et, en fait, c’était une sorcière, elle avait des pouvoirs magiques. Alors, elle pensait très fort que la jupe de madame Machin se soulève, et ça arrivait. Alors, tout le monde rigolait, tout le monde rigolait… Et puis ensuite pleins de trucs, elle changeait les CPE en cochons et tout !!! Trop bien, mon histoire!!!!

Elle se marre. Nisrine n’a pas l’air convaincue. Les gens qui se transforment en cochon, c’est un peu dans les histoires de bébé que ça arrive. Alors, je souris, elles me font rire toutes les deux. Je demande :
— Et vos mamans, elles font quoi ?
Réponse en chœur :
— Bah rien… Haussement d’épaules.
— Et vos papas ?
— Chais pas…


Sinon, j’ai décortiqué pour vous la façon de parler de Kadhera.

Dans une phrase telle que : « Je lui demande pourquoi il a pris mon carnet », elle dira (en gros, parce que ça va tellement vite) :

« Jui dmande Rroua la rris mon carnech ?»

********Le LaNgUaGe LyOnNaI tKt********

On Dit Pas Mec Mais » Pélo

On Dit Pas Trop Mais » Cher

On Dit Pas On Qu'On S'La Raconte Mais»Qu'On S'la Racle

On Bouge Pas En Voiture Mais » On Zone En Vago

On Est Pas Content Mais » On Est Tchalé,Tchalave,Refais

On S'engueule Pas » On S'embrouille

On Est Pas Enervé » On A Les Z'ref On Se SenS Roulé

On Dit Pas C'était Trop Bien Mais » Que C'était Dans L'Ame La Trik Lasseux

On Dit Pas T'es Bo Mais » Que T'ai Un Petard

On Parle Pas » On Jacte

On Est Pas Fou » On Est Tripaner

On A pas Faim » On Pète La Dalle

On S'fait pas Chier » On Zone

On Regarde Pas » On Chabe

On Fume Pas Un Gro Join Mais » Un Gro BeuZ

On Passe Pas Une Journée De Merde Mais » Une Journée Balourde

On Dit Pas Que T'es Trop Moche Mais » Que ta Une Vieille Mouille

On S'faiit Pas Prendre Pour des Cons Mais » On Nous La Fait A la Zeub,A L'Envers

On S'Fais Pas Prendre En Flague » On S'fé Tricard,On S'Fait Sauté

On S'Cache Pas » On Passe A Trav'

On S'Fait Pas Mal » On S'encule

On Va pas En Prison » On va A La Rate

On Nique Pas La Police » On Nique Les Dek'

On Vole pas » On Tchourave on rouble

On Pense Pas » On Gamberge,On Cogite

On Cour Pas » On Chasse

On Dit Pas Une Balance » On Dit Sale Poucave

Vendredi 16 Novembre

— « Oh bonhomme, on ne passe pas par là, c’est interdit ! »

Il se retourne, son sourire bagué tendu vers moi.

— « Je suis pas un bonhomme, moi, je suis un méchant homme ! »


Vendredi, les gamins étaient plus calmes, enfin un peu plus. Les collés ne sont pas venus, sauf une, alors c’était plutôt tranquille comme aprèm. En première heure, j’ai surtout eu des 6es et 5es, donc assez maitrisables. On était dans la salle d’une prof, toute décorée de panneaux divers, expliquant les règles de grammaire, ou rappelant de s’exprimer fort et pas trop vite quand on dit une poésie. Une gamine me dit :
— Ouais, elle est trop nulle c’te prof, c’est à la maternelle que les salles elles sont comme ça ! Nous on est plus à la maternelle hein !

Ghozie, la si timide Ghozie qui parle si doucement, répond à cette grande perche de quatrième :

— Madame Visou, elle est gentille.

Et ça a suffi à faire taire l’autre.



Grande conversation avec des petits sur qui est né au bled et qui n’y est pas né. Puis, sur qui habite aux Marguerites et qui habite aux Lilas… Finalement, Sofien à Rayan :
— Ta gueule, toi, avec ta tour à trois étages, là !
— Moi ? ! J’habite au 7e !! Nan, j’rigole, j’habite au troisième…

Parce que « j’rigole » est l’expression de loin la plus courante. Quoiqu’ils disent, ils te diront « j’rigole » ensuite. Ils ne me surprennent plus, maintenant. Je sais que le début de leur phrase, c'est quand ils rigolent. Il faut faire semblant d'être étonnée/fâchée/surprise, puis attendre qu'ils disent ce qu'il se passe vraiment.

Mais se méfier, parfois, un « j'rigole » peut en cacher un autre !


J’en suis venue à me dire que ce sont de sacrés farceurs.

Jeudi 15 Novembre

Je crois qu’ils n’ont jamais été aussi détestables qu’aujourd’hui. Il fait froid. Très froid même. Et pour ceux qui ont des ados ou qui en sont eux-mêmes, vous devez savoir qu’il y a une règle absolue quand on est collégien : ne jamais, mais vraiment jamais, mettre un blouson chaud. Même si celui-là est beau. Ne me demandez pas pourquoi, mais c’est ainsi. Mon frère se faisait menacer de « collage au plafond » pour accepter de porter son blouson, et même ainsi, il se débrouillait pour les perdre, dans les vestiaires du sport, dans une salle de classe, dans le bus… Comme il n’était pas question qu’il porte un de mes manteaux « de fille » et que ma mère en a eu marre d’acheter des manteaux, il a fini par avoir gain de cause.

Donc il faisait froid, tous ces gosses sans blousons étaient survoltés et même pire : ils étaient presque désagréables.

Aujourd’hui est aussi le jour de mon premier rapport d’incident : en voilà le récit.

Je surveille un intercours en début d’après-midi, je suis crevée par la cantine, et voilà que tombe du ciel à mes pieds un cartable, plein bien sûr. Je lève la tête au ciel, pensant à un geste divin me conseillant la voix des études ; mais je vois cette horrible petite blonde riant aux éclats, suivie de son cousin qui lui colle aux basques depuis le début de l’année. Les mêmes que j’avais chopés, lui fuyant cette pestouille qui lui courrait après avec son compas tendu vers lui. Le cartable est au cousin, bien sûr, elle lui a piqué et l’a lancé gaiement, sans regarder aucunement qui passait un étage en dessous. Je monte aussitôt la rejoindre, et lui demande pourquoi elle a fait ça. Je souhaite être indulgente, cette histoire me rappelant étrangement une histoire familiale que je ne vous conterai pas ce soir.


Mais quand Magalie me répond avec hargne « Bah quoi, jfais ce que je veux avec mon cousin ! ça te regarde pas ! » Je lui demande son carnet, en tentant tant bien que mal de lui expliquer que cousins ou non, on ne prend pas le cartable des autres pour le lancer d’un étage à l’autre. Elle refuse, me dit qu’elle ne l’a pas, alors je la menace de l’emmener chez le CPE si elle ne me le donne pas. Elle résiste un peu encore, puis finit par jeter le carnet à mes pieds... Que faire ? Je ramasse le carnet, et tente de l’emmener chez le CPE, qui n’est pas dans son bureau. Elle me dit qu’elle part, parce qu’elle est pressée de toute façon. Je tente de la dissuader : « Attention Magalie, tu ne t’en sortiras pas comme ça, demain il y aura des problèmes, bla-bla-bla… » ce à quoi elle me répond aussi sec : « Et bien c’est vite vu, je ne viendrais pas demain ! De toute façon, je veux plus venir au collège, alors voilà ! »
Je regarde ce bout de femme. Elle est en 5e, petite, acnéique, elle commence à m’énerver. Elle est très arrogante.


Je lui dis que tant qu’il faudra bien qu’elle revienne, de toute façon, que c’est comme pour les cartables, envie ou pas envie, le collège, on y va. Elle me dit alors :
« Bah j’viendrai, tu verras, je me battrai avec tout le monde ici pour me faire virer, j’aurai des embrouilles avec tout le monde et je mettrai tout sur ton dos et tu vas souffrir ! »
Je m’avance vers elle, lui dit que je l’emmène chez la principale… et c’est là que vient le clou du spectacle : elle me hurle : « Me touche pas, me touche pas ! Ne me touche pas ou j’te pète les dents !!! » « Mais j’ai pas l’intention de te toucher Magalie, j’ai aucune raison de le faire… C’est pas comme ça que ça se passe ici ! » Et c’est comme ça que j’ai dérangé une réunion chez la principale. La petite s’est pris deux sacrées torchées, elle n’a plus parlé de toucher à ma dentition en partant.



Mais je pense tout de même à investir dans un protège-dents.

Vendredi 9 Novembre


Des nouvelles de Kadhera et de sa carrière de pompier. Je lui en ai reparlé, tout à l’heure, alors qu’elle était exclue de cours :
— Alors, Kadhera, tu continues, l’entraînement de pompier ?
— Nan… En vrai j’ai arrêté, maintenant. J’veux plus faire ça.
— Oh… Pourquoi ? Ça ne te plait plus ?
— Nan maintenant j’ai peur, parce qu’on doit sortir des gens brûlés du feu.. C’est des faux gens hein, mais j’aime pas.

Je lui ai parlé, comme certains d’entre vous me l’avaient conseillé, de faire journaliste, pour voir toutes les émeutes et pouvoir ensuite tout raconter aux gens, mais ça ne l’a pas branché.
« Nan t’es fou, pour être kidnappé et tout ! »

Je ne lui ai pas suggéré CRS, pour pouvoir être aux premières loges. Je suis sure que ça ne lui aurait pas plu non plus.

Kadhera est fantastique, elle a ce timbre de voix et ce débit bien particulier, qui rend presque incompréhensible ce qu’elle dit. Pour ceux qui ont vu « L’Esquive », elle me fait un peu penser à l’héroïne ; tellement pleine de vie, d’énergie.

La prof de défense contre les forces du mal a encore fait des siennes : nous avons une nouvelle CPE qui gravit bravement le parcours du combattant pour un peu de respect de la part des élèves. Notre chère prof, ne réussissant plus à tenir sa classe, fait appel à un CPE. La nouvelle s’y rend, et, à peine passé le pas de la porte, se fait vertement refouler : « Non ! C’est pas elle que je veux ! C’est la principale ! » Vous conviendrez de la finesse de ces propos, touchante de solidarité dans ces lieux où les temps sont durs. Bref, passons.

Notre collège est en travaux, et nous n’avons plus de salle de perm. attribuée. Perm itinérante, dans une salle ou l’autre selon les disponibilités. Cet aprèm, j’avais trois collés, toujours les mêmes. Avec mon fameux Ellias, bien sûr, que je n’arriverai jamais à faire bosser, mais qui est toujours avide de conversation.
J’ai cru que je ne tiendrais pas ces trois malheureux petits aux débuts. Dur de les faire s’asseoir, se calmer, surtout qu’un prof est venu dans la salle flanquée de quatre élèves à coller qui me mettaient un bazar effroyable en gémissant, suppliant, etc..
Aicha joue avec un téléphone ou lecteur mp3 à l’intérieur de son sac. Je lui dis de le ranger immédiatement, elle bougonne et me dit quelque chose d’inaudible dans le genre « Tu me fais chier ». Je me lève immédiatement, je m’approche de son bureau et lui demande de répéter. Elle ricane, dit qu’elle n’a rien dit. Je lui réponds qu’on va aller voir les CPE pour régler le problème. Elle rétorque aussitôt « Je rigolais ! » Un autre s’exclame, « Elle a dit que tu la saoulais ! »
« Elle a dit quoi ? » Je redemande.
S’en suivent une liste de synonyme des deux jeunes gens. Je propose à Aicha : « Si tu arrives à me le dire dans un langage correct, je laisse tomber ».
Malheureusement, ça n’est pas une tâche facile.
Au bout d’un moment, je leur dis : « Essayez d’imaginer comment on dirait dans un livre »
J’ai une proposition d’Aicha « Tu me casses les c… » avec une toute petite voix.
« Bah quoi », elle rétorque alors que je fronce les sourcils, « chez moi, il y a des livres qui disent comme ça ! »
De l’avant de la classe, Ellias propose : « Tu es barbante » les autres pouffent de rire et aussitôt rebondissent : « Tu m’exaspères », « Tu me bassines ». Je leur propose aussi : « tu m’ennuies », « tu m’enquiquines », etc.
Bon, ça s’est plutôt bien fini, ils se sont mis au boulot, sauf Ellias qui a voulu me raconter ses voyages scolaires, les écoles privées où il est passé avant, le lycée général où il aimerait être pris l’année prochaine, etc..
Aicha, elle voudrait plus tard être soit « esthéticienne, soit mécanicienne ». Et Hubert, lui opte pour « pilote de chasse ».

Jeudi 8 Novembre

Il n'y a rien qui ressemble plus à une rentrée qu'une autre, au collège. Pas les vacances, par contre. Les miennes avaient déjà ce goût d'ailleurs, ce rappel qu'il existe « autre chose » que l'école, autre part. Ici, les gamins ne partent pas beaucoup, surtout pendant de si petites vacances. Mais il y a quelque chose de ça quand même, un parfum de liberté...

Pour certaines, ce sera : « Je me suis levée à 11 h tous les jours, et le soir, je sortais jusqu'à 11 h aussi ! et 11 h, j'étais même pas dans l'ascenseur encore ! »

Pour d'autres, on aura plutôt : « C'était crevant ces vacances, j'ai pas arrêté de me battre... tous les soirs, on s'est battus ! »

D'autres diront : « J'avais le droit de faire de la playstation toute la journée si je voulais, d'ailleurs, j'ai fini mon nouveau jeu ! »



En fait, ce sont les profs qui font le plus la gueule. Mines fatiguées, ils pensent déjà aux vacances de Noël, qui sont encore loinnnnnnn, au fait que c'est vacances sont trop courtes, et qu'en plus on reprend un jeudi, ça n'a aucun sens, de commencer une semaine un jeudi.. À peine le temps de s'y remettre, et le week-end est déjà là...



À la cantine, Hector a repéré une petite d'un autre collège. Ronde comme une petite caille, avec un grand sourire et des boucles d'oreille en étoiles qui se balancent au rythme de ses pas. Il en parle avec Illies pendant qu'on fait la queue pour manger, et je comprends que ça fait un moment que les deux loustics se jettent des regards en coin. D'ailleurs, il n'arrête pas. À intervalles réguliers, il demande « Dis, ta vu, là ! Elle m'a bien regardé !? » Illies ne répond trop rien, et moi je me marre.

Finalement, il envoie en grand renfort QUATRE de ses copains pour aller lui parler, à table. David me demande : « Mais, qu'est-ce qu'ils foutent, on est à la bourre, pourquoi ils vont se balader comme ça ? » Je lui explique, il se marre aussi, et nous voilà plongés dans l'univers des amours de collèges. Heureusement, l'affaire est vite réglée. Les quatre reviennent tous avec le sourire aussitôt, la perche a été bonne. Je ne sais pas comment ils ont pu expliquer avec délicatesse la situation en deux minutes chronos, qui plus est à 4, ce qui sous-entend qu'ils parlaient sans aucun doute tous en même temps, mais la mission semble réussie.

En sortant, Hector échange quelques mots avec elle, et puis rien. Elle part. Je lui demande :

— Alors, alors, t'as chopé son numéro de portable ?

— « Nan, son adresse Msn.... » sourire niais et yeux dans le vague.



Cette cantine est vraiment pourrie. On arrive les derniers, et on fait la queue une demi-heure. Quand c'est notre tour, on attend quand même, parce que les cuistots font cuire 2 steaks par 2 steaks, alors qu'on est trente. Au final, on doit se dépêcher de bouffer, et quand les derniers passent, les premiers ont déjà fini. Pour couronner le tout, c'est dégueulasse et on a pas le choix : On est les derniers, et au lieu de nous proposer comme aux autres plusieurs types d'entrées, de dessert, de fromages et de yaourts, il ne reste que la salade dégueulasse que les autres n'ont pas prise, la crème dessert gélatineuse et deux fromages qui se courent après. Les yaourts, il n'y en a plus.

Le cuisinier nous fait des assiettes ridicules, vraiment. La première fois, j'ai cru qu'il me faisait une blague, alors j'ai gardé mon assiette tendue, souriante. Et maintenant, je demande : « Excusez-moi, est-ce que je pourrais avoir un peu plus de pommes de terres ? » Il dit « bien sûr ! », mais secoue un peu sa louche au-dessus de mon assiette pour qu'une ou deux patates y tombent... Alors, je fais comme au lycée, je prends plein de pain, et je me bourre de mayonnaise. Voilà pourquoi les repas ne sont pas équilibrés, dans les cantines !

En attendant la suite...

En perm, un jour, Ellias raconte à son voisin qu’il est allé à Bellecour avec ses potes, et qu’ils ont vus les tecktoniks danser.

- Y nous ont embrouillé et on s’est battus. On les a défoncés !!

Je fais mine de ne pas avoir très bien entendu :
-Quoi Ellias, t’es un tecktonik ? Bah t’as pas le look, pourtant !

Pour vous, novices, qui n’êtes jamais sortis de chez vous : Le Tecktonik, qui est à présent un style de personne, est à la base un style de danse de boite de nuit ou il s’agit de remuer les bras à toute vitesse, au risque de se ridiculiser, certes. Pour en savoir plus, taper « tecktonik » dans youtube, et admirez. On peut imaginer « Le tecktonik » comme un garcon au jean moulant, au tee-shirt moulant aussi, et aux cheveux pleins de gel et à la coiffure bizarre. Inutile de préciser qu’au collège, on n'a pas de « tecktonik »

-T’es foooollle ! Chuis pas un tecktonik moi !!!!
- Ah ouais, t’es un quoi alors ?
Silence lourd de réflexion.
-Chais pas, jsuis rien de particulier, jsuis normal moi. Je les tape, moi, les tecktoniks !
- Tu les tapes ? !!
- Ben quoi ? Ahh mais t’es une tecktonik en fait ? Et tes potes c’est tous des tecktoniks ? Il demande, vaguement soucieux d’avoir buté mes potes.
- Nooon, je lui répond sur le même ton qu’il avait employé. T’es fou toi !!!! On n'est pas des tecktoniks nous !

Il rigole, et me dit plus sérieusement
- Non, mais moi il y a un seul tecktonik que j’aime bien. C’est le pote à un pote, et il est vraiment gentil, quoi.
- Ah ouais ?? Moi pareil, il y a un seul tecktonik que je trouve sympa.
- Ah… ben on est pareil, alors.

Et oui, Ellias, moi je ne les tape pas, mais, à cette différence près, on est pareils.

Vendredi 26 Octobre

Demain c’est les vacances, youhou !

L’aprem risque d’être terrible, me dis-je en partant travailler. Elle l’a été, mais pas tout à fait de la façon que je pensais.
Premier incident : La prof de défense contre les forces du mal a des soucis avec sa classe. Elle envoie le délégué chercher quelqu‘un pour l’aider. Je me dévoue, et le CPE me glisse au passage de ramasser les carnets de la 4eme 2, pour vérifier des trucs avant la fin des vacances.

Je suis Soufi jusqu’à la salle, ou je commence par demander les carnets. Les élèves soupirent, demandent pourquoi, etc. La prof a l’air au fond du trou, elle hurle et semble avoir perdu tout contrôle :
- Mais qu’est-ce-que c’est encore que ces histoires de carnets ! Je vous fais chercher pour un problème et vous me faites perdre mon temps ! C’est inadmissible !!
Les élèves ricanent, et je leur glisse en chuchotant en passant à côté de leur table «Dépêchez vous, dépêchez vous » Je ne peux pas arrêter de prendre les carnets, d’abord j’aurais l’air bête en revenant à la vie scolaire, et puis je ne peux pas m’écraser comme ça. Alors, la prof gueule de plus belle, et un certain malaise se répand dans la salle.
En fait je suis censée être venue cherche un élève qui est exclu mais ne veut pas sortir de la salle. Je comprends mieux pourquoi quand je demande à Sami pourquoi. Il crie :
- NON JE NE VEUX PAS SORTIR, JE VEUX FINIR CE CONTRÔLE !!!!

La prof de son coté, hurle :
- DONNE MOI TA FEUILLE ET SORS DE CETTE SALLE !

Et moi je chuchote à Sami : « Viens Sami, ne t’inquiete pas… Calme toi et viens s’il te plait… »
Dans la classe des murmures, on dit à Sami de rendre sa feuille, de partir, les élèves sont presque impressionnés par la situation, d’abord parce que je viens de me faire engueuler et que ça n’arrive pas souvent que les profs et les pions se crient dessus, et aussi parce que je crois que Sami est plutôt sage, et que ce n’est pas le genre à s’enflammer de la sorte.
Ellias dit :
- Allez Sami, vas-y, sinon c’est la principale qui va monter, tu vas avoir des soucis. ça va être pire, Sami.
Nacera murmure
- Sami t’inquiète pas, on sait, nous, que t’as pas triché, vas-y…
Ça me touche de voir tous ces gamins qui, d’habitude, sont les pires, essayer de calmer leur pote.
La prof hurle et hurle encore, tant et si bien que je commence à avoir une furieuse envie de la faire taire, par un moyen ou par un autre. J’ai envie de lui crier « Ta Gueule, tu vois pas ce qui se passe, tu vois pas que ça sert à rien de gueuler comme une truie ! » mais je me retiens.

Je continue à parler à Sami, en me demandant si je vais réussir à le faire sortir.
Il dit
- Elle dit que j’ai triché, mais c’est faux ! C’est pas juste ! Je veux pas avoir 0, j’ai révisé tout l’aprem pour ce contrôle alors je vais le faire !!!!

J’essaie de le rassurer, ce qui n’est pas mince affaire, étant donné que je ne peux pas lui dire qu’on sait tous que sa prof est une femme injuste et qu’il n’aura pas de trop gros problème.

Au bout d’un moment, il craque, il se lève et me tend la feuille tant désirée par la prof. Je sais qu’il ne sort ni pour me faire plaisir, ni pour ne pas se créer trop d’ennuis. Il sort parce qu’il sait qu’il va pleurer, et pas question que ça se produise devant tout le monde.
En partant, la prof me hurle : « Et préparez vous à revenir, parce que c’est pas le dernier à mon avis ! A la première remarque, je les fous dehors !

En effet, à peine la porte franchie, il fond en larmes, donne un mini coup de poing dans le mur, piétine et me dit qu’il va la défoncer, cte prof, qu’il la déteste, qu’il va tous les défoncer de toutes façons, et moi je ne dis rien, j’attends qu’il soit calmé, et puis je lui dis qu’on va aller voir le cpe, qu’il va tout lui expliquer et que les choses seront résolues.
Et j’ai une boule dans le ventre, j’ai même pas envie de l’emmener chez le Cpe, j’ai envie de le serrer dans mes bras et qu’il arrête de pleurer mais je ne le fais pas, je veux pas avoir l’air d’avoir de la peine pour lui, je veux qu’il croit que c’est rien, que j’en vois pleurer tous les jours, des gamins, alors que ça me choque pas plus que ça.
Je finis pas l’emmener, de grosses larmes continuent de rouler sur ses joues mais il ne peut pas s’arrêter. Le CPE l’emmène dans une salle à part et je me sens mieux, je sais qu’il cherchera à comprendre avant de l’engueuler.

Dans la salle des pions, je raconte brièvement l’épisode à David, qui s’offusque :
- Il faut en parler au Cpe, c’est pas normal qu’elle fasse ça !!! Si les profs commencent à nous sermonner, on est mal barrés au niveau crédibilité !
Je lui répond que c’est pas très grave, au fond je m’en fous qu’elle me crie dessus, c’est juste que ça fait bizarre.
5 élèves de son cours arrivent un peu plus tard, elle les a exclus aussi.
Quand le CPE sort de tous ses entretiens avec les exclus, je me faufile vers lui.
- « Je sais », il me dit, souriant, « La prof de Défense contre les forces du mal a encore déjanté. Elle n’y a pas été de main-morte avec toi, il parait ! »
- Ah ? David t’en a parlé ?
- Non non, c’est Sami et Ellias qui m’ont expliqué ça, je vais encore devoir aller parler à cette prof !


Quand à la fin de la journée, il réussi à la voir avant qu’elle sorte, il lui glisse :
- Les élève de la 4B et Coline ont été très choqués de la façon dont vous vous êtes adressée à elle …
Il parait qu’elle lui a répondu :
- Non mais c’est un scandale ! Après tout ce qui m’arrive, c’est encore à moi qu’on vient faire des reproches ! Ça ne se passera pas comme ça, c’est clair ?!


Comme vous pouvez le voir, journée mouvementée en perspective. La suite demain

langage

- Hey madame, c’était dans l’âme, la perm tout à l’heure hein ??
— De quoi ? Quelle perm ?
— Bah la perm, tout à l'heure !
— Ce matin ?

Elle reprend, l’air de dire que, décidément, je ne comprends rien à rien.

— La perm tout à l’heure, c’était bien, tu trouves pas ? Quand on était dans le bureau…
— Ah ! Dans le bureau… Oui… C’était vraiment dans l’âme, cette perm…

Les filles gloussent. Il y a des mots réservés aux – de 16 ans, et j’ai du mal à m’empêcher de les reprendre.

J’ai toujours appris à m’adapter aux langages de mes interlocuteurs. Parler en ayant l’air sérieux devant les profs, inventer des mots farfelus avec mes copains et reprendre le langage « jeun’s », et un mélange des deux devant les parents. Reprendre les mots « chocs » des militants pour militer, ne parler que d’octets, de ram et de wifi avec mon père, ou de sessions à la jambe, de reprise et de PTV avec mes amis cavalières. Je parle le langage que comprend celui qui me parle, quoi de plus normal ?

Mais là, je dois apprendre à leur faire parler le langage des grands, à ce qu’ils entendent un francais correct jusqu’à ce qu’ils le répètent à leur tour. Malheureusement, c’est chaud, déjà parce que je parle vite, et que mes mots sortent toujours avant que j’aie eu le temps de les « relire ». Mais je pense que si l’on veut inciter tous ces jeunes à « parler notre langue », on ne peut qu’accepter de connaitre la leur. Tout le monde a toujours dit que les ados avaient besoin de leur dialecte, un code secret qui les maintiendrait à l’abri des adultes. Maintenant, le rythme de parole, l’accentuation des mots, tout est modifié, et je me souviens encore de la sortie de séance de « L’esquive » où l’on entendait les gens, tout autour, dire qu’ils n’avaient pas tout compris, qu’il aurait fallu des sous-titres, que « c’est fou comme les jeunes causent, aujourd'hui ».

Les jeunes ne savent peut-être plus parler français, mais ils sont conscients qu’ils ne le savent pas. Quand je reprends leurs propres mots (voir ci-dessus), ils gloussent, sont mi-gênés, mi-épatés. Il y a des mots qui ne sont pas pour les grands, et ils le savent pertinemment. Quand les gamins font des fautes d’orthographe et que je leur montre, ils retrouvent rapidement l’orthographe exacte. Il y a des fautes, ils le savent, mais à quoi bon ? On comprend quand même, ça ne change rien au sens, et eux, de toute façon, eux ils savent bien ce qu’ils ont écrit.
Alors, je fais parfois mîne de ne pas comprendre, de ne pas savoir ce que ça veut dire. J’aime qu’ils m’expliquent le sens des mots, de leurs mots. Et eux, ça les fait marrer. Des fois, je dis, « Ah, ça vient peut-être de cette expression, non ? » Ils n’en savent rien, les mots sont là, c’est tout, ils leur rappellent qu’eux tous sont ensemble, qu’ils ont une identité rien qu’à eux, entre les parents à la maison qui parfois ne parlent pas bien francais, et le collège où il faut utiliser des mots de grands, mais on ne le fait pas quand même.

Moi je les comprends, ces petits, parce que j’ai encore mes journaux intimes de 5e, et qu’à la fin, j’avais fait une annexe où j’expliquais tous les mots qu’on utilisait à l’époque, les mots rien qu’à nous, pour pouvoir un jour me comprendre moi-même si je retombais sur ces cahiers, trop vieille pour me souvenir.

Jeudi 25 Octobre

Je crois que je vais être beaucoup malade, cette année. On a tous la crève les uns après les autres, notre maladie tourne et quand l'un d'entre nous en a fini avec, il l'a déjà refilé à deux autres. Et ainsi de suite.

Les gamins aussi sont malades, et il semblerait qu'il y ait une épidémie de gastro dans le collège. Mais bon, les vacances approchent, aussi...

Aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de discuter avec deux profs totalement différentes.

L'une venait d'arriver à peine, depuis la rentrée. L'année dernière, elle était dans un collège friqué de la banlieue résidentielle lyonnaise, alors forcément, ça lui fait bizarre. Elle m'explique qu'elle n'a pas signé pour "ça", qu'elle n'est pas là pour faire de l'éducation, mais pour apporter du savoir. Elle ne supporte plus ces gamins qui ne respectent rien, cette ambiance tendue qui l'épuise, ce niveau la-men-table. Elle veut partir. Au plus vite. J'essaie de la faire rire, de dire qu'on peut voir les choses du bon coté, qu'au moins il y a des choses à raconter pour les longues soirées d'hiver . Elle me répond amèrement que ça n'intéresse personne, ces choses là.

L'autre prof est là depuis quelques années déjà, je pense. Elle connait tout les gamins, même ceux qu'elle n'a pas dans ses cours. Elle fait partie des profs dont les élèves se lèvent en silence quand j'entre dans la classe. Elle me dit que les sixièmes la font particulièrement craquer (comme tout le monde)et qu'elle avance, petit à petit. Elle raconte que parfois, quand des élèves sont particulièrement durs avec elle, il arrive qu'ils viennent la voir plus tard dans sa salle de classe pour s'excuser, et que pour ces moments privilégiés elle donnerait tout. Elle les respecte, ses élèves, et je crois que ça change tout.

Il y a un nouveau, Jordy, qui, je pense, ne va pas faire long feu. Il arrive vers 9h30 dans ma salle de perm. D'entrée, il me dit "Moi, je suis nouveau ici"

- Tu es exclu?

-" Non, je suis en retard. Je commençais à 8h", il ricane

Ça en bouche un coin à Sophia, qui est visiblement très impressionnée par ce nouveau qui a déjà fait des siennes, semble-t-il. Elle lui demande de quelle nationalité il est : "Espagnol" il répond en roulant des épaules.

Elle glousse et lui dit:

- Viens ! Viens t'assoir là.

Il se lève aussi sec, et se dirige vers la place qu'elle lui a recommandé.

Je râle :

-Oh ! Mais tu rigoles ou quoi? Jordy, tu viens te mettre devant, comme je t'ai dit! La moindre des choses c'est de demander, avant de changer de place!

Pas de réactions. Je me lève, je m'approche de lui.

-Jordy, je dis plus doucement, soit tu te lèves, soit tu me files ton carnet. Dépêche-toi.

Il bougonne, mais ne bouge pas. Comme j'insiste, il me répond :

-Tu veux mon carnet? Ben tiens!!!!

Et il le lance à travers la perm. Le carnet s'écrase par terre, et j'attrape Jordy par la manche.

Il a finit chez le CPE, puis chez la principale. Sur la route, je lui demande gentiment :

-Pourquoi tu fais ça Jordy, pourquoi tu veux te faire virer tout de suite ?

Il hausse les épaules, nonchalamment :

- C'est trop loin de chez moi, j'arrive pas à me lever si tôt, le matin. J'voulais pas être ici, moi!